Charles Dickens sur les divertissements et les journaux dans « Notes américaines », 1843
N'y a-t-il donc point de divertissements ici ? Mais si, et même fort bien. Là-bas, de l'autre côté de la rue, se trouve la salle de conférences, d'où jaillissent des gerbes de lumière, et puis trois fois par semaine, voire plus souvent, il y a des offices du soir pour les dames. Pour les jeunes gentlemen, il existe le bureau, la boutique et le bar ; ce dernier, vous pouvez vous en assurer en jetant un coup d'œil à ces fenêtres, est passablement bondé. Crac ! Le coup de maillet qui brise la glace, et le doux froissement des éclats lorsque, dans le battage des cocktails, ils passent d'un verre à l'autre. Point de divertissements ? Et que font donc, selon vous, ces suceurs de cigares et ces engloutisseurs de liqueurs fortes, dont les chapeaux et les pieds prennent les positions les plus variées et les plus inattendues : ne se divertissent-ils pas ? Et les cinquante journaux dont ces marmousets, adultes avant l'heure, hurlent les titres à travers toute la rue, et que les habitants du lieu classent avec zèle dans leurs reliures : n'est-ce pas un divertissement ? Et non pas quelque divertissement fade et délayé : on vous sert une matière solide et robuste. Ici, on ne dédaigne ni la calomnie ni l'insulte ; on découvre les toits des maisons particulières, tel le Diable boiteux en Espagne ; * on fait l'entremetteur et l'on encourage le développement des penchants vicieux de toute espèce, et l'on bourre de mensonges cuisinés à la hâte la plus insatiable des panses ; les actes de chaque homme public, on les explique par les mobiles les plus bas et les plus infâmes ; du corps immobile et meurtri de la politique, on écarte à coups d'épouvantail tout Samaritain qui s'en approcherait avec une conscience nette et de bonnes intentions ; dans les cris et les sifflets, sous un tonnerre d'applaudissements, des milliers de mains sales lâchent sur les planches les reptiles les plus achevés et les rapaces les plus ignobles. Et vous dites qu'il n'y a pas de divertissements !
Charles Dickens, Notes américaines, 1843