Je ne connaissais pas ces détails : au début du XXe siècle, on accusait les chrétiens orthodoxes d'Amérique d'être des agents de l'État russe
Je ne connaissais pas ces détails : au début du XXe siècle, on accusait les chrétiens orthodoxes d'Amérique d'être des agents de l'État russe. En 1901, alors qu'il était évêque aux États-Unis, saint Tikhon de Moscou qualifia de « paroles dénuées de sens » l'accusation selon laquelle quiconque embrassait l'orthodoxie devenait sujet russe et prêtait de force serment de fidélité au tsar.
Saint Tikhon répond à l'accusation de russifier l'Alaska portée contre sa mission, la déclarant entièrement fausse, dans une lettre de 1899 à M. Sheldon Jackson :
« Nous prions pour le tsar de Russie uniquement parce qu'il est le protecteur de l'Église orthodoxe, et que c'est sa générosité qui soutient le clergé orthodoxe local et les écoles ; mais nous ne contraignons personne à prier pour lui comme pour notre souverain sur notre terre. Au contraire, à côté des prières pour lui, on élève aussi des prières pour le président des États-Unis. »
Dans l'Homélie prononcée lors de la consécration de l'église du village de Vostok, au Canada, saint Tikhon s'arrête longuement sur ces accusations.
… aujourd'hui encore retentit la voix de ceux qui appellent. Ces appelants sont les successeurs et les continuateurs de l'œuvre des apôtres, les archipasteurs et les pasteurs envoyés par eux.
Leur voix a retenti ces dernières années jusque dans votre pays, et à cet appel salutaire certains de ceux qui vivent ici ont répondu, tandis que d'autres, n'en faisant nul cas, s'en sont allés à leur village et à leur négoce, et que d'autres encore ont même outragé les appelants. Et de fait, que d'offenses, de mensonges et de calomnies les disciples de la sagesse de Dieu doivent parfois entendre ici.
On nous traite, à la suite des Latins, de « schismatiques » – et ce sont ceux-là mêmes qui, il y a quelque trois cents ans, se sont détachés de la foi de leurs aïeux, de notre mère commune, l'Église.
On nous accuse de semer, par notre prédication, la discorde, d'introduire le trouble et la division parmi ceux qui jusqu'ici étaient unis par la foi et par la race. Mais de cette division, ce n'est pas nous qui sommes coupables, ce sont ceux qui, pour des motifs divers, n'écoutent pas notre voix et ne veulent pas suivre la vérité. Le Christ Sauveur Lui-même ne témoigne-t-Il pas qu'Il n'a pas apporté la paix sur la terre par Sa prédication, mais le glaive, car Il a divisé le fils d'avec le père et la fille d'avec la mère ? Mais n'est-ce pas aux hommes eux-mêmes, et à nul autre, que la faute en incombe ?
On nous calomnie en disant que nous convertissons à l'orthodoxie à prix d'argent, que nous nous achetons des fidèles. Nous osons dire que s'il en était ainsi, nous aurions bien plus de fidèles que nous n'en avons aujourd'hui ; car pour beaucoup ici le « veau d'or » est une « idole ». Tout notre négoce consiste en ce que nous pourvoyons parfois les églises les plus pauvres du mobilier liturgique le plus indispensable, et que nous accordons encore à nos clergés une aide, en bien des endroits moindre que celle que reçoivent les « très révérends pères » de leurs ouailles spirituelles.
On appelle notre Église « tsarolâtre », on dit que quiconque en devient membre devient sujet russe, on invente que nous forcerions à prêter serment au souverain de Russie, etc. – paroles insensées. Et tout cela n'a pour prétexte que ceci : qu'au côté des gouvernants locaux nous mentionnons, à l'office, le nom du tsar de Russie, en tant que souverain très pieux, protecteur et défenseur de l'Église orthodoxe.
Dans l'aveuglement de leur malveillance, nos adversaires ne se bornent pas à nous importuner de paroles : il est arrivé qu'ils fussent prêts à outrager par des actes les serviteurs de la Sagesse de Dieu qui les conviaient au festin spirituel. Mais laissons ceux qui nous offensent au jugement de Dieu.