Moins de dix jours après son accession au trône, Catherine II invitait Denis Diderot à venir en Russie
Moins de dix jours après son accession au trône, Catherine II invitait Denis Diderot à venir en Russie. Elle lui proposa même de transférer à Riga ou à Saint-Pétersbourg l'édition de l'« Encyclopédie », qui se heurtait à des interdictions en France. Mais Diderot ne saisit pas l'offre et n'arriva à Saint-Pétersbourg qu'en octobre 1773. Il semble que personne, hormis la tsarine, qui avait fait de Diderot un membre de l'Académie, n'ait été impressionné par le Français. Fonvizine déclara : « Les d'Alembert, les Diderot sont des charlatans comme j'en voyais tous les jours sur le boulevard. »
Catherine autorisa Diderot à dire ce qu'il voulait et à ne pas s'encombrer de bienséance ; il prit cette permission au pied de la lettre et, pendant leurs conversations, tapait tout simplement du poing sur la table, mais pouvait aussi saisir Catherine par la main ou lui donner des tapes sur la cuisse. La tsarine dut même faire placer une petite table entre lui et elle, car, après de telles entrevues, elle se découvrait des bleus.
Bien avant l'arrivée de Diderot en Russie, Catherine avait racheté sa bibliothèque pour quinze mille livres, en la laissant en France jusqu'à la fin de ses jours afin qu'il puisse continuer à s'en servir ; elle l'avait nommé bibliothécaire avec des appointements de mille livres par an, et, lorsqu'il se plaignit finalement de n'avoir pas reçu ses gages depuis un an et demi, elle lui versa son traitement pour cinquante ans.
Après sa mort, près de 3000 volumes de la bibliothèque de Diderot arrivèrent en Russie. Catherine lut son cahier contenant son écrit sur l'Instruction qu'elle avait donnée aux députés chargés de composer les lois, et en fut profondément déçue, écrivant : « C'est un pur bavardage, où il n'y a ni connaissance des circonstances, ni prudence, ni prévoyance. » Après cela, on ne trouve plus aucune mention de Diderot dans la correspondance de Catherine. Ses livres ne sont pas demeurés dans la bibliothèque de Catherine en tant que collection à part, contrairement à celle de Voltaire. Plus tard, le comte Dmitri Boutourline écrivit que la partie de la bibliothèque venue de Diderot ne comptait « pas un seul exemplaire remarquable, aucune particularité saillante », et qu'elle s'était « dissoute dans la masse commune ».


