Le mythe du baranets dans la littérature européenne et son origine possible dans le coton
À partir du Moyen Âge, la littérature européenne mentionne une plante-animal mythique, le barométz, que l'on appelle aussi boranets ou boramets. C'est encore l'agneau tartare ou l'agneau scythe.
Les premières mentions du barométz figurent dans les récits des voyageurs médiévaux ; avec le temps, le mythe a migré dans les bestiaires et jusque dans les traités de botanique. Selon la légende, le barométz vit dans les steppes asiatiques. Les témoignages sur le bélier tartare reviennent sans cesse, y compris dans la littérature des Temps modernes.
Les voyageurs qui ont séjourné en Russie décrivent avec force couleurs un agneau poussant sur une tige basse, directement hors de la terre. L'agneau est le fruit d'une plante singulière, duveteux comme un vrai mouton ; tant qu'il grandit, il se nourrit de l'herbe alentour, et quand l'herbe vient à manquer, il dépérit avec sa tige et meurt. À vrai dire, les Européens s'en remettent surtout aux récits hauts en couleur des paysans du cru, qui le comparent tantôt à un melon, tantôt à une brebis.
Certains allaient jusqu'à affirmer que le barométz était le mets favori des loups. Mais, avec le temps, c'est sa laine qui devient son trait principal : on l'emploierait, dit-on, pour doubler les vêtements, tant elle est touffue et chaude.
Le voyageur hollandais du XVIIe siècle Jan Struys écrit qu'il ressemble beaucoup par sa forme et son aspect à un mouton, et qu'il a une tête, des pattes et une queue. À la même époque, Jacob Reitenfels, auteur d'un livre sur la Moscovie, explique que la plante-mouton, le barométz, dessèche toute l'herbe autour d'elle, ce qui fait supposer à certains qu'elle est douée d'intelligence et qu'elle se nourrit d'herbe.
C'est sur cette description que repose la principale explication de la naissance du conte du barométz : jusqu'au XVIIIe siècle, l'Europe ne connaissait pas une culture comme le cotonnier, qui se caractérise précisément par un fort pouvoir d'absorption et puise dans le sol toute l'humidité, de sorte que les plantes voisines se dessèchent.