Sur le piédestal du monument à Pouchkine, inauguré à Moscou le 6 juin 1880, on avait gravé des vers du poème « Monument » :
Et longtemps je serai cher au peuple, parce que
Par ma lyre j'ai éveillé les bons sentiments.
Dès 1880, on apprit que la version du « Monument » publiée dans la rédaction de Joukovski comportait des corrections dictées par la censure et différait considérablement de l'original, jusque dans des vers essentiels. Joukovski avait biffé les passages incommodes pour l'idéologie et refait la rime de vers entiers. Mais, on ne sait trop pourquoi, tout le monde ignora la communication que fit à ce sujet le spécialiste de littérature Piotr Ivanovitch Bartenev lors de la séance publique tenue à l'occasion de l'inauguration du monument à Pouchkine. L'autographe du poème s'était conservé parmi les papiers du fils aîné du poète, papiers acquis précisément en 1880 par Piotr Bartenev, pionnier des études pouchkiniennes, et par le dépôt d'État des livres.
Les vers rétablis conformément au texte authentique de Pouchkine n'apparaîtront sur le piédestal qu'en 1937, à la demande de l'Académie des sciences et de l'Union des écrivains, par décision du comité du jubilé de Pouchkine.