Des chercheurs chinois attribuent aux Denisoviens, d'après leurs protéines, des os fossiles de Xujiayao
Des chercheurs chinois ont établi que les ossements fossiles du site de Xujiayao, dans le nord de la Chine, appartenaient à des Dénisoviens. Les travaux ont été menés par l'équipe de Fu Qiaomei, de l'Institut de paléontologie des vertébrés et de paléoanthropologie de l'Académie chinoise des sciences
Les Dénisoviens se sont croisés avec les ancêtres des hommes modernes, et les habitants de l'Océanie et d'une partie de l'Asie portent encore aujourd'hui leur ADN. On connaît très peu d'ossements dénisoviens, de sorte que l'on ne savait presque rien d'eux en dehors des données génétiques. En 2025, des chercheurs ont rattaché aux Dénisoviens, grâce aux protéines et à l'ADN mitochondrial, un crâne découvert à Harbin, dans le nord-est de la Chine.
En 1976-1979, on a trouvé à Xujiayao 20 os et dents humains fossiles datés de 199 000 à 138 000 ans. Les chercheurs les attribuaient à divers groupes d'hommes anciens, puis ont récemment fait du crâne Xujiayao 6 l'holotype, c'est-à-dire le spécimen de référence, d'une espèce distincte, Homo juluensis.
L'ADN ne s'étant pas conservé dans ces ossements, les chercheurs ont étudié les protéines, qui survivent plus longtemps dans l'os. Ils ont prélevé un peu de poudre d'os sur le pariétal droit et sur un fragment de mandibule, et identifié les protéines à l'aide d'un spectromètre de masse.
Le critère décisif a été la position 996 de la protéine de collagène COL1A2. Chez tous les Dénisoviens étudiés, on trouve à cet endroit l'acide aminé lysine, tandis que chez les Néandertaliens et les hommes modernes se trouve l'arginine. Dans le pariétal, la lysine est apparue dans 57 fragments de protéine, l'arginine dans un seul. Dans la mandibule, le rapport était de 61 contre un.
En comparant les os de Xujiayao au crâne de Harbin, les auteurs ont décrit les traits communs des Dénisoviens. Leur boîte crânienne était basse et large, ses parois très épaisses : au sommet du crâne, l'épaisseur de la voûte atteint 7,7 mm, et 12 mm au niveau de la bosse pariétale. Les parois latérales du crâne sont presque parallèles, le torus sus-orbitaire est massif, les pommettes sont plates, et le prognathisme, c'est-à-dire la saillie des mâchoires vers l'avant, est peu marqué. Ils n'ont ni l'occiput arrondi ni le chignon occipital caractéristiques des Néandertaliens.
Les auteurs estiment qu'il n'y a pas lieu d'isoler Homo juluensis comme espèce à part. Cette espèce avait été proposée en grande partie à cause du volume cérébral de Xujiayao 6, environ 1700 ml, mais chez les hommes modernes il varie d'environ 1090 à 1880 ml. Sur la base de la ressemblance anatomique, les auteurs rattachent aussi aux Dénisoviens les crânes de Dali, de Jinniushan et de Hualongdong, en Chine.
Des protéines n'ont été obtenues que sur deux os sur vingt, et la conclusion repose sur un seul acide aminé. Les protéines ne montrent pas comment les gens de Xujiayao sont liés aux Dénisoviens de Sibérie, du Tibet, de Taïwan et de Harbin. Les crânes de Dali, de Jinniushan et de Hualongdong ne sont rattachés aux Dénisoviens que par l'anatomie, et les traits du visage dans la reconstitution proviennent pour l'essentiel du crâne de Harbin