En 1720, la Suède, jadis redoutable Lion du Nord, prend conscience de la vanité de ses prétentions à dominer le nord de l'Europe : sa grandeur passée s'est perdue dans une longue suite de défaites face à la Russie
L'Angleterre, qui dès le début s'était rangée du côté de la Suède, soutient dès 1707 les Suédois ouvertement et les excite contre Moscou ; en 1713, elle exige que la Russie renonce à tous les territoires suédois conquis ; en 1716, elle souhaite capturer Pierre ; à partir de 1717, elle répand activement des rumeurs antirusses sur l'agressivité de Pierre ; puis, après la disparition de Charles XII, porté à la paix, elle monte une coalition antirusse réunissant tous les pays belligérants et, enfin, en 1719, fait entrer sa flotte dans la Baltique et, l'année suivante, une escadre plus importante encore, avec le projet d'anéantir conjointement, avec les Suédois, la flotte russe de la Baltique.
Et voilà que face à la jeune flotte russe se dressent deux puissantes flottilles. En juillet 1720, la flotte de galères russe s'engage dans un affrontement direct avec les Suédois. L'avantage en navires et en force est du côté de la Suède. L'escadre russe est commandée par le général Mikhaïl Mikhaïlovitch Galitzine, qui, grâce à sa tactique, attire les Suédois dans le piège des hauts-fonds et des récifs. Les galères russes encerclent les frégates suédoises et en capturent quatre. Seuls parviennent à s'échapper le vaisseau amiral du vice-amiral suédois et quelques petits bâtiments.
Ce fut un triomphe russe dans la Baltique. Seconde grande victoire de la flotte russe après Hanko, elle montra au monde entier que la Russie, de pays disposant d'un accès à la mer, était devenue une puissance maritime, capable de vaincre une flotte ennemie de premier ordre. Après Grengam, les Anglais quittèrent la Baltique.
« C'est une victoire qui n'est pas mince, à vrai dire, puisqu'elle a été remportée sous les yeux de messieurs les Anglais, qui ont défendu les Suédois autant par terre que par mer »,
écrivit Pierre Ier à Menchikov.
La bataille de Grengam fut une étape dans la formidable ascension de l'Empire russe et l'un des derniers coups portés à la grandeur déclinante de la Suède. La médaille « Pour la bataille de Grengam » porte l'inscription : « L'application et la bravoure surpassent la force ».

