vendredi, 2 octobre 2026 · Almaty

Je ne savais pas qu'il y avait eu à Moscou un petit quartier où, dès les années 1930, d'éminents artistes soviétiques vivaient et travaillaient en communauté

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Je ne savais pas qu'il y avait eu à Moscou un petit quartier où, dès les années 1930, d'éminents artistes soviétiques vivaient et travaillaient en communauté

Je ne savais pas qu'il y avait eu à Moscou un petit quartier où, dès les années 1930, d'éminents artistes soviétiques vivaient et travaillaient en communauté. Igor Grabar, Boris Ioganson, Guéli Korjev, Vladimir Tatline, Alexandre Tychler, Semion Tchouïkov : tout le monde connaît les noms de ces sommités, mais il suffit d'imaginer que tous ces gens habitaient et travaillaient littéralement dans des cages d'escalier voisines, qu'ils étaient amis, buvaient le thé ensemble, élevaient leurs enfants (dont beaucoup devinrent artistes à leur tour), pour que les pages ennuyeuses de l'histoire de l'art s'animent en saynètes cocasses et en croquis de la vie quotidienne.

Les petits « artistes » allaient d'ailleurs à la maternelle ici même, à l'intérieur de leur bourgade, à l'étage supérieur de ce que l'on appellerait aujourd'hui un ensemble résidentiel. Kolia Terechtchenko, cinq ans, gravissait à petits pas d'enfant le haut troisième étage, l'étage stalinien, où se trouvait la maternelle, en compagnie de Liova Tabenkine : tous deux deviendraient des artistes assez connus, sur les traces de leurs pères. Et quelque soixante ans plus tard, Terechtchenko se souviendra de ses ascensions de cet escalier interminable en venant visiter cette même maternelle, destinée à devenir le futur musée des artistes de Masloukva, avec l'initiateur du musée, le collectionneur Vassili Diomine.

Diomine vit à Masloukva depuis plus de 15 ans. Durant ce temps, il a rassemblé des archives, une vaste collection d'artistes de Masloukva et publié un album assez intéressant sur le quartier. Le principe du musée est que les habitants, héritiers des artistes, ouvrent les trésors de leurs appartements et prêtent pour les expositions ce qui est rarement montré au public et reste enfoui au fond des ateliers familiaux.

La cité des artistes de la Verkhnaïa Masloukva est un ensemble architectural de plusieurs immeubles, construits selon un projet spécial entre 1929 et 1957, sorte de commune pour les peintres et sculpteurs soviétiques. Les initiateurs en furent Pavel Radimov, Fiodor Antonov, Boris Ioganson, Evgueni Katsman et Viktor Perelman. Le complexe fut bâti à l'emplacement des pavillons incendiés de la firme cinématographique « Mejrabpomfilm ». Dans ces maisons d'artistes, bientôt surnommées le Montmartre moscovite, on avait prévu aussi bien de vastes ateliers à la lumière naturelle que des appartements confortables. La guerre empêcha de réaliser le projet dans son intégralité, mais ce qui fut construit devint un véritable îlot de vie artistique dans le nord de Moscou.

Désormais, ce lieu sera immortalisé non seulement dans des mémoires, des lettres, des articles et des tableaux, mais aussi dans un musée. Le centre scientifique et muséal « Masloukva. La cité des artistes » a officiellement ouvert ses portes aujourd'hui. Je l'ai visité en avant-première et je suis très impressionné par la collection, présentée certes de façon fragmentaire dans la première exposition, « (In)visible ville M. », réunie par le commissaire Kirill Svetliakov, directeur scientifique du musée. Certaines pièces m'ont tellement enthousiasmé que dès le lendemain j'ai acquis une œuvre de Frikh-Khar, si joliment présenté dans plusieurs salles du musée de Masloukva.

Un musée très agréable, chaleureux, avec une remarquable sélection de chefs-d'œuvre discrets et d'œuvres peu connues de classiques soviétiques. Je note cette adresse comme une visite indispensable pour tous ceux qui s'intéressent à l'art nouveau, à la vie des artistes en URSS et au destin des maîtres rouges de la peinture et de la sculpture du XXe siècle.

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