Le patchouli dans la réplique de Gaïev dans « La Cerisaie » de Tchekhov et son sens possible
GAÏEV. Nous dormions jadis, ma sœur, dans cette même chambre, et maintenant j'ai déjà cinquante et un ans, aussi étrange que cela paraisse...
LOPAKHINE. Oui, le temps passe.
GAÏEV. Qui ça ?
LOPAKHINE. Le temps, dis-je, passe.
GAÏEV. Et ici, ça sent le patchouli.
Ce « patchouli » de « La Cerisaie », on écrit d'ordinaire, sans trop se soucier de la logique, que Gaïev voulait ainsi qualifier une mauvaise odeur. J'ai aussi rencontré une version selon laquelle l'odeur du patchouli, censée éloigner les mites, renverrait plutôt à la mode des cachemires indiens, arrivés en Europe dans la seconde moitié du XIXe siècle. Certains se mettent même à inventer, pardon, à se remémorer leurs grands-mères, qui protégeaient leurs armoires des insectes avec des sachets parfumés au patchouli.
Mais non, bien sûr, ce n'est pas de cela que parlait Tchekhov. Au début du siècle, le parfum « Patchouli » était d'usage chez les femmes vénales : bon marché, d'une odeur sucrée et herbacée très tenace, il était devenu, pour on ne sait quelle raison, l'accessoire obligé des prostituées, peut-être parce que, me souffle-t-on, le patchouli passe pour un aphrodisiaque.
Voilà pourquoi, après la réplique de Gaïev, Ania dit soudain : « Je vais me coucher » : la phrase a sonné comme une offense, et non parce que la chambre serait imprégnée d'un parfum trop écœurant.
Bref, je ne sais pas ce qu'il en est de vos grands-mères, mais les miennes ne sentaient pas le patchouli.