Tant que le citoyen content Pourra sans crainte s'endormir, Et que les enfants, sujets libres, Pourront disposer de leur vie selon leurs pensées, Jouir de la nature, Partout s'orner de science, Et célébrer tes charmes <..> Tant que tu donnes à tous la lib
Extrait de l'ode spirituelle « À la clémence », adressée à Catherine II par Karamzine.
Belle pensée, et juste : tant que le citoyen content pourra s'endormir sans crainte, tant que les enfants, sujets libres, pourront régler leur vie selon leurs pensées, tant que tu donneras à tous la liberté et n'obscurciras pas la lumière dans les esprits, tu seras saintement révérée.
Karamzine écrivit cette ode en 1792 pour défendre son maître et aîné, Nikolaï Novikov, homme des Lumières, jeté dans la forteresse de Schlusselbourg. Geste courageux, et en partie téméraire. Mais sans effet. Catherine n'écouta pas. Novikov fut coffré pour quinze ans. En fait pour libre pensée, mais on lui imputa, attention, d'avoir secouru des paysans mourant de faim : il avait alloué 5000 roubles aux indigents. Voilà qui relève déjà de l'incitation à la révolte ! D'autant qu'il avait vivement critiqué le servage.
L'oukase de l'impératrice disait : bien que Novikov n'ait pas dévoilé ses desseins les plus secrets, les crimes qu'il n'a pas avoués sont si graves que Nous avons ordonné de l'enfermer dans la forteresse de Schlusselbourg.
Par bonheur, la souveraine, comme tous les autres gouvernants, n'était pas immortelle. Peu après sa mort, Paul Ier libéra Novikov, faute de chef d'accusation. Mais quatre années durant, l'homme avait souffert pour rien.
