En 1979, Vadim Rabinovitch traduit en formules chimiques une recette de pierre philosophale
« Pour préparer l'élixir des sages, ou pierre philosophale, prends, mon fils, du mercure philosophique et chauffe-le jusqu'à ce qu'il se change en lion vert. Calcine-le ensuite plus fort, et il deviendra lion rouge. Digère ce lion rouge au bain de sable avec de l'esprit acide de raisin, fais évaporer le liquide, et le mercure se changera en une substance gommeuse que l'on peut couper au couteau. Mets-la dans une cornue lutée d'argile et distille-la sans hâte. Recueille les liquides distincts, de nature différente, qui paraîtront alors. Tu obtiendras un flegme insipide, un esprit et des gouttes rouges. Les ombres cimmériennes couvriront la cornue de leur voile sombre, et tu trouveras à l'intérieur le véritable dragon, car il dévore sa propre queue... »
Cette recette est citée dans son livre de 1979, « L'alchimie comme phénomène de la culture médiévale », par le chimiste soviétique Vadim Rabinovitch. Un livre remarquable, vivant, passionnant, je le recommande à tous. Cette instruction alchimique, Rabinovitch l'a traduite littéralement en langage chimique, et il en a tiré une série de formules :
3Pb + 1/2 О2 = Pb3О4
Pb (С2Н3О2)2 > (СН3)2 + PbСО3
PbСО3 = PbО + СО2
PbО + С = Pb + СО.
Il s'est avéré que les ombres cimmériennes n'ont rien à voir avec le peuple du pays des ténèbres éternelles, à l'entrée du royaume souterrain, mais plutôt avec la masse noire qui reste dans la cornue : du plomb finement divisé. La suite des formules montre que les sages du Moyen Âge connaissaient la transformation des oxydes et des sels de plomb, et même l'acétone. Quant à moi, j'ai passé mon examen de candidat en histoire et philosophie des sciences avec mention très bien.