mercredi, 7 octobre 2026

Le combat de Rouslan avec la Tête

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Le combat de Rouslan avec la Tête

Le combat de Rouslan avec la Tête. Nikolaï Ge, Ivan Kramskoï.

Pensif, notre Rouslan chevauche
Et voit: à travers la brume nocturne
Au loin noircit une énorme colline,
Et quelque chose d'effrayant y ronfle.
Il approche de la colline, plus près encore, et il entend:
L'étrange colline semble respirer.
Rouslan écoute et regarde,
Sans trembler, l'esprit tranquille;
Mais, agitant son oreille craintive,
Le cheval se cabre, frémit,
Secoue sa tête obstinée,
Et sa crinière se dresse.
Soudain la colline, pâlement éclairée
Dans la brume par la lune sans nuages,
S'éclaircit; le prince vaillant regarde,
Et voit devant lui un prodige.
Trouverai-je les couleurs et les mots?
Devant lui, une tête vivante.
D'énormes yeux pris dans le sommeil;
Elle ronfle, balançant un casque empanaché,
Et les plumes, dans la hauteur sombre,
Comme des ombres, vont et viennent en ondoyant.
Dans sa beauté terrible,
Se dressant au-dessus de la steppe sinistre,
Entourée de silence,
Gardienne d'un désert sans nom,
Elle se tient devant Rouslan,
Masse redoutable et brumeuse.
Perplexe, il veut
Rompre ce sommeil mystérieux.
Examinant de près la merveille,
Il fait le tour de la tête
Et s'arrête en silence devant le nez;
Il chatouille les narines de sa lance,
Et, plissant le visage, la tête bâilla,
Ouvrit les yeux et éternua…
Un tourbillon se leva, la steppe trembla,
La poussière s'éleva; des cils, des moustaches,
Des sourcils s'envola une troupe de hiboux;
Les bosquets silencieux s'éveillèrent,
L'écho éternua, le fougueux cheval
Hennit, bondit, recula,
Et le chevalier put à peine rester en selle,
Et derrière lui retentit une voix bruyante:
«Où vas-tu, chevalier insensé?
Retourne sur tes pas, je ne plaisante pas!
Je vais avaler l'impudent d'un seul coup!»
Rouslan se retourna avec mépris,
Retint son cheval par les rênes
Et sourit d'un air fier.
«Que veux-tu de moi? —
Le sourcil froncé, s'écria la tête —
Voilà un hôte que le sort m'envoie!
Écoute, va-t'en!
Je veux dormir, il est déjà nuit,
Adieu!»

Traduction littérale

A. S. Pouchkine, «Rouslan et Lioudmila»

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