Maurizio Forte et Jacqueline Ortoleva mesurent l'acoustique de deux tombes étrusques à Tarquinia
L'acoustique des tombes étrusques est devenue un objet d'étude.
Les tombes à chambre étrusques étaient familiales et on les rouvrait à chaque nouvelle inhumation. Les rites funéraires, avec banquets, danses et jeux, sont représentés sur de nombreuses peintures. Les proches des défunts revenaient dans ces tombes pour les cérémonies saisonnières et le culte des ancêtres, et le lieu devait leur faire une forte impression.
Jusqu'ici, on ne les étudiait que comme peinture et comme architecture, et personne n'avait mesuré le son à l'intérieur. Les archéologues Maurizio Forte, de l'Université Duke, et Jacqueline Ortoleva, d'Oxford, ont pour la première fois mesuré la sonorité de tombes étrusques peintes. Ils ont étudié deux tombes du Ve siècle avant notre ère à Tarquinia et constaté qu'elles offraient aux visiteurs des environnements sonores tout à fait différents.
D'ordinaire, les archéologues étudient les peintures des tombes comme des images planes. Forte et Ortoleva ont étudié les tombes comme des espaces où l'on se déplace, regarde et écoute. Ils ont construit des modèles tridimensionnels des tombes et fait jouer en divers points des claquements de mains enregistrés, afin de mesurer le temps de réverbération, c'est-à-dire le temps que met l'écho à s'éteindre. Par ailleurs, à l'aide de la vision par ordinateur, les chercheurs ont déterminé quelles peintures entrent les premières dans le champ de vision de celui qui pénètre dans la chambre.
Dans la tombe du Coq, Tomba del Gallo, sont représentés des banquets, des musiciens et des danseurs. L'agencement de la chambre présente les peintures au visiteur dans un ordre déterminé. Le son s'y dissipe vite, et l'écho s'éteint en une seconde ou une seconde et demie. De l'avis des auteurs, cette acoustique discrète ne distrayait pas le visiteur, et c'étaient les images qui produisaient ici l'impression principale.
La tombe des Démons bleus, Tomba dei Demoni Azzurri, est près de quatre fois plus grande, et l'écho y met plus de sept secondes à s'éteindre. Les chercheurs comparent sa réverbération à celle de la cathédrale Saint-Paul de Londres. Voix, tambours et crécelles se réfléchissaient à maintes reprises sur les parois, tandis que, dans la pénombre, le visiteur apercevait des images de démons, qui incarnaient pour les Étrusques le monde des morts. Les auteurs estiment que cette combinaison provoquait chez les visiteurs une désorientation et, dans certaines conditions, un état proche de la transe.
À mon sens, les conclusions de l'étude sont fort tirées par les cheveux. Une telle intention sonore chez les bâtisseurs n'est pas seulement indémontrée : de simples mesures ne sauraient d'ailleurs la prouver. L'acoustique, naturellement, découle tout bonnement des dimensions et de la forme de la chambre.