Germain de Lagny sur la condition des serfs russes et le knout dans son livre de 1853
La loi ne protège que la vie et les biens des boyards. Le serf, considéré comme une machine à labourer, n'a nul besoin de lois ; la charrue peut passer la nuit dans la rue, sur la neige, sous la pluie. Qu'est-ce donc, en Russie, que le serf, sinon une charrue ambulante ?
Pour le serf, il n'y a ni loi, ni tribunaux, ni procédure juridique. Il n'y a pour lui que le seigneur, et le tribunal, c'est encore le seigneur.
Pour le serf, la propriété est une chose inouïe, le mot même n'existe pas dans son vocabulaire.
Le knout ! Il n'est, ni dans la langue française ni dans celle d'aucun autre peuple civilisé, de mot qui renferme à lui seul tant de cruautés et de souffrances surhumaines !
Le knout ! À ce seul mot, le cœur du Russe se glace, le sang se fige dans ses veines, ce mot jette dans la fièvre, sème l'effroi dans l'âme et accable un peuple de 60 millions d'hommes. Mais savez-vous ce qu'est le knout ? C'est la mort, direz-vous. Non, ce n'est pas la mort, c'est mille fois pire.
Habitué à la soumission et à un esclavage effroyable, le paysan est parfaitement indifférent à tout ce qui l'entoure. L'intendant le vole, le maître, pour satisfaire sa luxure, lui prend sa fille, et lui le remercie de l'honneur fait à sa famille.
« Le Knout et les Russes. Mœurs et organisation de la Russie », Germain de Lagny, 1853