Avez-vous déjà songé à la façon dont le drame européen du XIXe siècle, par exemple, ignore pour l'essentiel l'existence des domestiques, qui n'apportent presque jamais de contribution décisive au développement de l'intrigue et, pour l'essentiel, n'agissen
Avez-vous déjà songé à la façon dont le drame européen du XIXe siècle, par exemple, ignore pour l'essentiel l'existence des domestiques, qui n'apportent presque jamais de contribution décisive au développement de l'intrigue et, pour l'essentiel, n'agissent guère autrement qu'en exécutant des commissions du genre « apporte-ci, apporte-ça ». Songez à la possibilité de dissimuler ce qui se passe au personnel de service, aux femmes de chambre, aux majordomes, aux cochers, aux gouvernantes. Quelles infidélités conjugales secrètes, quelles absences, quelles intrigues peut-il bien y avoir, quand toutes les dix minutes une femme de chambre passe la tête dans la pièce, quand quelqu'un apporte des boissons et de quoi manger, allume et remplace les bougies, entretient le feu dans le poêle, conduit la voiture, ne cesse de converser avec les autres domestiques, a libre accès à toutes les pièces à toute heure, est informé de l'état de la maison, des comptes, des visiteurs, de l'emploi du temps et, en principe, de tous les détails de la vie des maîtres ? Il en résulte que la vie des maîtres se déroule pour ainsi dire dans un autre monde, peuplé d'une multitude de témoins invisibles et, de surcroît, muets, qui se bornent à pourvoir aux besoins de l'arrière-plan, mais qui, en règle générale, ne font presque jamais entendre leur voix