Ivan Chmelev dans « L'Été du Seigneur » sur le soir du Samedi saint à la maison
Samedi saint, le soir. La maison est silencieuse, chacun s'est étendu un moment avant les matines. Je me faufile dans le salon pour voir ce qui se passe dans la rue. Il y a peu de monde ; on porte des paskhas et des koulitchs dans des cartons. Dans le salon, le papier peint est rose, à cause du soleil, qui se couche. Dans les chambres brûlent les veilleuses pourpres, celles de Pâques. On a étendu dans le petit salon le tapis pascal, aux bouquets pourpres. On a ôté les housses grises des fauteuils bordeaux. Aux icônes, de petites couronnes de roses. Dans le salon et dans les couloirs, des chemins de tapis rouges, tout neufs... sur des oreillers de duvet, dans la salle à manger, sur le canapé, pour qu'ils ne s'affaissent pas, reposent d'énormes koulitchs recouverts d'un voile de mousseline rose : ils refroidissent. Ils exhalent une douce chaleur parfumée... Père enfile sa veste d'été et se met à arranger les veilleuses... Il va avec elles de pièce en pièce et chantonne à mi-voix : « Ta Résurrection, Christ Sauveur, les anges la chantent dans les cieux », et je vais avec lui. J'ai l'âme joyeuse et paisible, et, sans savoir pourquoi, j'ai envie de pleurer...
Ivan Chmelev, « L'Année du Seigneur »