vendredi, 2 octobre 2026

La plus grande tragédie a frappé les peuples de Turquie et de Syrie le lundi 6 février

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La plus grande tragédie a frappé les peuples de Turquie et de Syrie le lundi 6 février. Deux séismes de magnitude 7,8 et 7,7 ont touché de vastes territoires dans les deux pays. Il est difficile d'en juger quand on n'est pas spécialiste, mais il semble que l'épicentre de ces séismes se situe à peu près au même endroit que celui du tragique tremblement de terre qui détruisit la ville d'Antioche le 13 décembre de l'an 115 de notre ère, alors que l'empereur Trajan et son armée y prenaient leurs quartiers d'hiver. Dion Cassius a décrit cette catastrophe en détail dans son « Histoire romaine ». D'après lui, nous savons que de nombreuses villes furent touchées, mais que la plus éprouvée fut Antioche, très peuplée, qui se trouvait non loin de l'actuelle ville turque d'Antakya, laquelle subit aujourd'hui encore de très lourdes destructions. À l'époque, environ 260 000 personnes périrent à Antioche et dans ses environs.

Pendant qu'il [Trajan] séjournait à Antioche, un tremblement de terre survint, dont beaucoup de villes eurent à souffrir, et Antioche plus que toutes. Parmi les militaires et les civils qui s'y étaient rendus de toutes parts pour affaires, pour commercer ou par curiosité, il n'y eut personne qui n'essuyât quelque perte, si bien qu'il semblait que l'empire romain tout entier fût enfermé dans cette ville et y ressentît les suites funestes de cette lamentable catastrophe. Elle avait été précédée d'éclairs et de coups de tonnerre, mais nul n'imaginait ce qui allait suivre. On entendit d'abord comme un mugissement et un frémissement, puis la terre se souleva, et les édifices vacillèrent. Il s'éleva un bruit effroyable de poutres, de pierres, de briques et de tuiles qui se détachaient de leurs places ; l'air s'emplit d'une poussière si épaisse qu'elle aveuglait. Beaucoup furent soulevés dans les airs et projetés hors de leurs maisons ; il y eut des estropiés et des morts. Le séisme fut si violent que des arbres furent arrachés avec leurs racines. Le nombre de ceux que l'élément saisit dans leurs maisons et qui furent écrasés sous les ruines était incalculable. Il y eut des morts dans l'écroulement des demeures et d'autres ensevelis sous terre. Certains se trouvaient dans un état très pitoyable, pris sous des amas confus de décombres, où ils ne pouvaient ni vivre ni mourir. Parmi cette foule immense, il y eut ceux qui échappèrent à la mort, mais aussi beaucoup de blessés, les uns aux jambes, les autres aux épaules, d'autres à la tête. Certains perdaient leur sang, et parmi eux le consul Pédon, qui mourut. Bref, il n'y eut aucun fâcheux accident qui n'accompagnât la cruauté de ce jour. Comme cela durait de nombreux jours et de nombreuses nuits, on ne savait comment y mettre fin. Les uns trouvèrent leur fin sous les ruines, les autres, qui se trouvaient dans des espaces vides entre les éboulis, sous des poutres et des voûtes, mouraient de faim. Lorsque le tremblement de terre eut cessé, un homme eut l'audace de monter sur les ruines, où il trouva une femme avec un enfant qu'elle nourrissait de son lait, et dont elle se nourrissait elle-même. On découvrit ensuite des morts, parmi lesquels un enfant respirait encore, accroché au sein de sa mère, qui venait de rendre l'âme. La douleur qu'éprouvaient ceux qui ramassaient les morts était si grande qu'ils ne se réjouissaient nullement d'être eux-mêmes restés en vie. Trajan fut sauvé par une fenêtre, sous la conduite d'un homme de taille plus haute que la normale. Il fut tellement épouvanté qu'il resta plusieurs jours au Cirque après que le séisme eut cessé. Le mont Coraze fut déplacé, si bien que son sommet s'abaissa et parut presque tomber sur la ville. D'autres montagnes encore s'affaissèrent. Des sources apparurent en des lieux où on n'en avait jamais vu, tandis que d'autres tarirent là où elles avaient toujours coulé.

Ill. : Sophie Anderson, Après le tremblement de terre, 1924-26, Auckland Art Gallery

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