Dans l'instruction de Sa Majesté impériale remise à Alexandre Roumiantsev par le Collège des Affaires étrangères avant son départ pour l'ambassade de Suède figure un article important touchant la conclusion d'une armistice, c'est-à-dire d'une paix avec la
Par son septième article, Pierre ordonne à Roumiantsev de dire sans détour à Frédéric les rapports dont il a connaissance, selon lesquels la partie suédoise souhaiterait un accord de paix, et de lui demander si tel est bien le cas, en lui faisant savoir que Pierre n'a nul besoin d'un accord de paix, mais que, si la Suède le désire, Sa Majesté le tsar est prête à conclure pareil accord. Et de fait, Roumiantsev transmit mot pour mot la volonté du tsar au roi de Suède, lequel cherchait réellement l'occasion de conclure la paix, qui sera atteinte par la signature du traité de Nystad un an plus tard.
L'instruction elle-même est fort curieuse et rend bien l'esprit narquois de Pierre. J'en donne le texte d'après la copie du document conservée aux Archives des actes anciens, l'original signé de la main du tsar m'étant inconnu.
« Si les ministres suédois viennent à lui, général-adjudant, parler de la conclusion d'une armistice entre Sa Majesté le tsar et la Suède, il aura à leur déclarer qu'avant son départ, à lui général-adjudant, de Saint-Pétersbourg, il a été rapporté de Vienne à Sa Majesté le tsar que le ministre suédois, le comte Bielke, avait déclaré à la cour impériale que la Suède souhaitait conclure une armistice avec Sa Majesté le tsar. Et c'est pourquoi l'empereur a fait demander à Sa Majesté le tsar : Sa Majesté incline-t-elle à cette armistice ? Et à cette fin il lui est ordonné, à lui général-adjudant, de déclarer que, bien que Sa Majesté le tsar n'ait nul besoin ni nécessité de cette armistice, cependant, si la partie suédoise la désire, Sa Majesté le tsar y consent et veut bien conclure ladite armistice avec la Suède pour quelque temps. Et lui, général-adjudant, a pleins pouvoirs de Sa Majesté le tsar pour la conclure. Mais si, du côté suédois, on ne lui parle point, à lui général-adjudant, de la conclusion de cette armistice, il lui faudra attendre, puis déclarer aux ministres, après quelque temps, que, juste avant son départ de Vienne, il a été rapporté à Sa Majesté le tsar de quelle manière le ministre suédois résidant en ce lieu avait proposé à la cour impériale que le roi et la couronne de Suède désiraient conclure une armistice avec Sa Majesté le tsar, si Sa Majesté daignait de son côté y consentir. Et que, pour cette raison, Sa Majesté le tsar lui a ordonné, à lui général-adjudant, de déclarer que, si Sa Majesté royale le souhaite, Sa Majesté le tsar est prête à la conclure pour quelque temps, afin de témoigner de son inclination. Et lui, général-adjudant, a pleins pouvoirs de Sa Majesté le tsar pour la conclure. Et si la partie suédoise le veut, il devra, lui général-adjudant, entrer en cette affaire au nom de Dieu et conclure l'armistice conformément au projet qui lui a été remis. Mais s'il survenait à ce propos quelques affaires graves qui rendraient impossible la conclusion de ladite armistice, il devra, lui général-adjudant, les prendre ad referendum et en écrire à la cour de Sa Majesté le tsar. »


