vendredi, 2 octobre 2026

Le Musée national romain conserve un extraordinaire bloc de marbre orné du relief d'une femme à demi nue qui se lève avec l'aide de deux servantes, dont les têtes et les épaules ont hélas été brisées

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On désigne d'ordinaire ce monument du Ve siècle av. J.-C. sous le nom de trône Ludovisi, en raison de sa forme caractéristique, qui rappelle l'assise d'un trône, et du nom de la famille Ludovisi, sur le chantier de la villa de laquelle le marbre fut découvert. Base de trône, parapet de temple, morceau d'escalier ou ossature d'autel : les questions portent non seulement sur la destination, mais aussi sur l'origine de ce bloc de pierre. On ne sait pas davantage, au fond, qui est figuré sur la face avant.

Lorsque j'ai vu ce bas-relief pour la première fois, j'ai pensé d'emblée, sans trop savoir pourquoi, à la naissance d'Aphrodite : les jupes des aides paraissent mouillées, et la figure centrale incarne sans nul doute la déesse. La photographie ne le rend pas, mais la pierre a une structure granuleuse et scintillante peu commune, qui ne fait qu'accroître la solennité et la gravité du sujet. Nombre de savants soutiennent qu'il s'agit bien d'Aphrodite, version que renforcent les reliefs des côtés, où l'on voit une jeune fille entièrement nue jouant de la flûte et une matrone drapée dans un manteau, comme deux hypostases de la déesse.

D'un autre côté, l'unicité iconographique du monument conduit à douter non seulement de son association avec Aphrodite, mais aussi de l'origine même du trône. Parmi les héroïnes possibles de la façade, les chercheurs citent Héra se baignant dans les eaux de rajeunissement, Pandore et Perséphone ; cette dernière hypothèse est présentée par le musée lui-même comme la seconde hypothèse principale. La déesse pourrait ici s'élever non de l'eau, ainsi que semblent l'indiquer seulement les jupes mouillées et les galets, mais des entrailles de la terre, d'où Perséphone sortait une fois l'an, inaugurant l'interminable cycle des saisons.

Quoi qu'il en soit, le trône Ludovisi est tout simplement stupéfiant.

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