samedi, 3 octobre 2026

Dans les cœurs des hommes j'ai remarqué un refroidissement considérable; l'ardeur amoureuse, je ne la vois plus depuis longtemps chez les Bérendéens

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Dans les cœurs des hommes j'ai remarqué un refroidissement considérable; l'ardeur amoureuse, je ne la vois plus depuis longtemps chez les Bérendéens

Dans les cœurs des hommes j'ai remarqué un refroidissement
considérable; l'ardeur amoureuse
je ne la vois plus depuis longtemps chez les Bérendéens.
En eux s'est éteint le culte de la beauté;
je ne vois plus chez la jeunesse de regards
baignés d'une passion enchanteresse;
je ne vois plus de jeunes filles songeuses, aux profonds
soupirs. Dans leurs yeux voilés
il n'y a plus la noble langueur amoureuse,
et l'on y voit de tout autres passions:
la vanité, l'envie des toilettes d'autrui
et le reste. Chez les gens mariés, le refroidissement
est plus manifeste encore: devant leurs épouses, ces beautés
extraordinaires aux yeux de faucon,
devant la blancheur somptueuse, cygnine,
de leurs épaules fermes, les époux bérendéens,
somnolents, posent un regard indifférent.
Il me semble que moi... eh, la vieillesse, la vieillesse! Où êtes-vous,
joyeuses années passées
des sentiments ardents et des engouements fréquents?
Le mal d'amour opérait des merveilles
dans mon âme: et bon et tendre
était alors le Bérendey heureux,
prêt à accueillir chacun dans ses bras
ouverts. À présent je suis vieux et chenu,
et pourtant je ne comprends pas comment on peut
rester froid, demeurer sans passion
à la vue de femmes vermeilles, à la gorge pleine.
Mais ne nous écartons pas du sujet,
revenons à ce que nous disions. Et les épouses!
On ne peut pas dire qu'elles aient perdu tout à fait
leur ardent attachement à leurs maris,
mais pourtant la fidélité conjugale
a perdu un peu, pour ainsi dire,
de son inébranlable solidité et de sa certitude.
Bref, mon ami, le refroidissement des cœurs
est général: les cœurs se sont glacés,
et voilà l'explication de nos malheurs
et du froid: pour la froidure de nos sentiments
Yarilo-le-Soleil se fâche contre nous
et se venge par le gel. Compris?

Traduction littérale

Alexandre Ostrovski, « La Fille de neige »
Ill. : Boris Zvorykine

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