Poème d’Alexandre Pereverzine sur une mère qui voit un bourdon à la fenêtre
Le premier samedi de février
ma mère aperçut à la fenêtre un bourdon
et dit, debout dans l'encadrement de la porte :
Pacha ou Sacha, voilà comment nous l'appellerons.
Tu vois, au milieu de la blancheur
un bourdon qui vole ? C'est un bon présage.
Si nous ne sommes pas revenus avant le printemps,
va au grand magasin chercher de la farine.
Et si nous revenons, je lui apprendrai à lire,
je resterai couchée avec lui sur la berge,
je lui donnerai un petit crayon, un cahier,
que puis-je encore, Valéra ?..
…C'était il y a une vie.
Elle se tenait bien à flot,
cette contrée où il neige la nuit,
cette contrée où il neige le matin.
Le pays est enseveli sous la neige, et moi je vis.
Je n'ai même pas eu le temps de m'en lasser,
je compte encore : quarante-six.
Et tout autour, une obscurité de caoutchouc,
le « Perekrestok », de longs immeubles,
des étincelles qui illuminent l'aube,
l'électrichka aiguë glisse
vers Chatoura ou vers Riazan,
et dans les vitres défile l'alphabet.
Traduction littérale
Alexandre Pereverzine