Willem de Clercq et la vaccination de son enfant contre la variole en 1827
Une fois de plus, je tombe sur des notes relatives à la vaccination dans des journaux intimes du XIXe siècle. Notre vieille connaissance Willem de Clercq, poète, penseur et mémorialiste néerlandais, était en mai 1827 extrêmement préoccupé par la question du vaccin contre la variole.
Nous savons aujourd'hui que la découverte de ce vaccin a changé le monde et épargné à l'humanité les symptômes et les séquelles atroces, désagréables, douloureux et inéluctables de cette maladie ; en son temps, pourtant, le vaccin ne fut nullement accueilli par des vivats, et un nombre incalculable de gens, intellectuels compris, s'élevaient très sérieusement contre la vaccination.
De Clercq, notamment, éminent acteur et idéologue du protestantisme, rapporte qu'il s'efforce de prendre connaissance de tous les arguments pour et contre le vaccin, cite des savants et des orateurs faisant autorité sur le sujet, puis finit par avouer qu'il ne trouve pas d'objections suffisantes pour se permettre de priver son enfant de la chance d'être préservé de la variole, comme l'ont fait tant d'autres.
En fait, écrit-il, je suis convaincu qu'après tant d'années l'invention du vaccin peut être considérée comme un bienfait accordé par le Seigneur, bien que, attention, la contrainte sans nul doute non chrétienne et despotique exercée par le gouvernement suscite des doutes sur l'origine divine d'une telle grâce.
C'est précisément alors que l'on commença à parler de vaccination généralisée des enfants, ce qui troublait de Clercq et provoquait des vagues d'indignation et de vives querelles. D'un côté, la possibilité d'obtenir un vaccin contre un mal aussi terrible était un grand cadeau ; de l'autre, la forme sous laquelle on le proposait aux parents, déjà effrayés et désorientés par les rumeurs et les peurs, en inquiétait plus d'un. De Clercq remarque que, dans ce contexte, les partisans du vaccin avaient dit force choses déraisonnables et antichrétiennes, mais cela peut-il ôter sa valeur au vaccin lui-même ? Dieu en décidera.
La note s'achève sur un ton édifiant : j'ai demandé que l'on vaccine mon enfant contre la variole.