En mars 1814, les troupes russes prirent Paris
Anton Delvig, condisciple de Pouchkine, a laissé des vers intitulés « Sur la prise de Paris », publiés en juin 1814 dans le « Messager de l'Europe » (« Vestnik Evropy »). On y lit ces lignes consacrées à Alexandre Ier : « Et le vainqueur de Paris, père tendre pour les Russes, oubliant la cendre de Moscou, pardonne aux Gaulois avec douceur et les accueille comme ses enfants. »
Or l'empereur Alexandre, qui avait décidé de lancer ses troupes sur Paris et prit personnellement part à la charge contre la ligne ennemie comme un simple commandant d'escadron, aurait pu anéantir la capitale des Gaulois, ou laisser s'accomplir le plan de Napoléon de faire sauter les dépôts de poudre. Il n'en fit rien. Et pourtant, à l'approche des armées alliées, la rumeur courait dans Paris qu'elles s'apprêtaient à brûler la ville, comme Moscou l'avait été. Alexandre Ier, se souvenant de son manifeste selon lequel la guerre était menée non contre les Français, mais contre les excès et la violence de Napoléon, ordonna de saisir la moindre occasion de négocier avec les autorités de la ville sur sa reddition, afin d'éviter l'effusion de sang. Et lorsque les Français, effrayés par les canons russes postés sur les hauteurs de Montmartre, demandèrent un armistice au nom du maréchal de Marmont, Alexandre posa pour condition la reddition immédiate de la ville : « Sinon, ce soir, vous ne reconnaîtrez plus l'endroit où fut votre capitale ! »
Où donc est l'orgueilleux Sisyphe ?
Serait-ce lui qui soumet les Russes ?
Les Russes, dans de lourdes chaînes,
Mènent-ils une vie de larmes ?
Non, au tonnerre des armes des Russes
L'immense Paris prête l'oreille !
Et le vainqueur de Paris,
Père tendre pour les Russes,
Oubliant la cendre de Moscou,
Pardonne aux Gaulois avec douceur
Et les accueille comme ses enfants.
Gloire au héros qui
Vainc tous les peuples
Par un tendre amour, non par la force !
Sache-le, déesse ! Le poète impartial
Doit montrer les vices du monde,
Sans connaître la peur, il dit au tsar
La vérité, non les basses flatteries d'un courtisan !
Je ne chante pas les héros olympiens ;
Ce n'est pas l'or qui me pousse à louer,
Non, c'est seulement en voyant les exploits d'Alexandre
Que je lui consacre ma cithare d'or !
À jamais sur elle je louerai le héros
Et j'élèverai son nom jusqu'au ciel !
Doux Zeus de Russie !
Le cœur sombre de Sisyphe,
Tu l'as abattu, et maintenant,
Couronné du laurier des victoires,
Du champ sanglant de la bataille
Tu es revenu auprès de tes fils fidèles !
Traduction littérale