Dans le Marais, à l'intérieur de l'église Notre-Dame-des-Blancs-Manteaux, on vend des vêtements vintage le week-end
Dans le Marais, à l'intérieur de l'église Notre-Dame-des-Blancs-Manteaux, on vend des vêtements vintage le week-end. Les touristes y sont d'ordinaire nombreux, désireux d'immortaliser un mariage typiquement parisien : architecture baroque et classicisante d'un côté, mode de l'autre.
C'est une église en activité, qui partage ses murs avec un marché de la seconde main et consacre les recettes à l'entretien du bâtiment.
Des marchés aux puces dans les églises, il en existe dans toute l'Europe, à Amsterdam comme à Londres. Je ne parle même pas des raves, des piscines et des garages installés entre des murs d'église. Mais où est, au fond, le problème quand l'espace sacré devient un décor dans lequel on photographie des cintres chargés de vieilles vestes Sonia Rykiel à 180 euros, sur fond de fresques aux sujets bibliques ?
Certes, une église, ce ne sont pas seulement ses murs, mais un espace consacré où s'accomplissent les saints mystères et où se trouvent des objets sacrés. Certes, la tradition canonique interdit expressément, sans l'autorisation de l'évêque, d'affecter un lieu consacré à des fins étrangères à sa destination. Concerts de musique sacrée, conférences, expositions d'art religieux, événements caritatifs : dans la plupart des diocèses, ils reçoivent l'agrément. Certes, le pape François a déclaré que des églises vides valent moins que des églises qui vivent, encourageant un usage communautaire des lieux de culte.
Le pape François pense ainsi. Mais les évangélistes, on s'en souvient, décrivent la scène de l'expulsion des marchands du Temple.
Ce n'est pas tout. À la vérité, les camelots et le clinquant touristique dans les églises mènent, par l'effet de l'habitude, à la désacralisation des espaces consacrés. Le sacré devient ordinaire quand, au même endroit, l'office se tient le dimanche et que, le samedi, l'on fouille des montagnes de robes à la mode, l'on essaie des T-shirts aux imprimés cocasses, un café dans une main et un téléphone dans l'autre.
Jamais je ne croirai que la seule raison d'une telle symbiose soit la nécessité de réunir quelques fonds pour faire fonctionner l'église. Derrière tout cela se profile une vaste campagne de déchristianisation de l'Europe. En l'occurrence, par l'effacement de la différence entre un lieu de culte et n'importe quel autre bâtiment.
Je sais qu'il existe en France une association qui s'efforce de s'opposer aux usages « incompatibles » avec la vocation spirituelle des églises, mais, nous le voyons, sans grand succès. Reste à espérer que l'Église chrétienne surmontera cette crise effroyable, et que les fidèles reviendront dans ces locaux ecclésiaux aujourd'hui livrés aux marchés, pour y prier, y retrouver leurs frères dans la foi et y renouer avec une histoire chrétienne millénaire
