dimanche, 4 octobre 2026

Statue du scribe assis Kaï au Louvre, aux yeux de cristal de roche et de quartz

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Dans les grands musées, je m'empresse toujours de gagner d'abord la salle des antiquités égyptiennes. On ne sait jamais quels artefacts uniques peuvent s'y trouver.

Même des collections aussi colossales que celle du Louvre rangent parmi leurs principaux trésors l'héritage de l'Égypte ancienne.
Et si vous avez traversé en hâte la salle égyptienne du Louvre pour aller voir au plus vite la minuscule Joconde, je vous conseille de réparer cette erreur et de faire connaissance, au moins, avec la statue du Scribe accroupi, Kaï. Il est injustement privé d'attention, bien que de nombreux historiens et historiens de l'art rangent cette sculpture parmi les dix principaux joyaux du Louvre. Eh oui, certains n'incluent même pas la Joconde dans de tels palmarès, et ce n'est pas sans raisons.

Comme la notice de cette pièce est assez ennuyeuse, j'aurais sans doute passé mon chemin, moi aussi, si je n'avais connu d'avance l'histoire de la découverte. Soyons honnêtes : qui donc s'intéresserait à une inscription du genre : « observez le regard concentré du scribe ; la sculpture date vraisemblablement de la période des IVe à VIe dynasties » ?

Je pense qu'une brève information indiquant que les mamelons de cette figure en calcaire sont en bois suffirait à y faire accourir des foules entières.

Outre les mamelons et les couleurs antiques remarquablement conservées (qui donnent à comprendre que les pâles bidules égyptiens étaient en réalité très vifs et polychromes, les couches de peinture n'ayant fait que disparaître avec le temps), ce qui est intéressant, ce sont les yeux, réalisés en cristaux d'une manière fort complexe, si bien qu'on y trouve la paupière, le globe oculaire, la pupille et la rétine. Des yeux singuliers, assurément, faits de fines bandes de cuivre, de cristal de roche, de quartz et de colorants spéciaux. C'est pourquoi tous les commentateurs soulignent le regard intelligent. Si son calame n'avait pas été perdu, on s'appesantirait sans doute aussi sur sa taille.

Bien des points demeurent obscurs quant à l'attribution du monument. La date, notamment : on avance le chiffre de 2800-2200 mille ans avant notre ère. On dit que l'homme représenté faisait peut-être partie de la famille royale, et l'on ne doute pas qu'il fût un dignitaire du nom de Kaï. Les blocs explicatifs et le socle ne se sont pas conservés. En tout cas, l'indication de son instruction souligne à elle seule un statut élevé, car même tous les prêtres et courtisans ne savaient pas écrire.

Pour ma part, ce scribe est d'autant plus intéressant et énigmatique qu'il se détache nettement parmi les plus de six mille pièces qui furent remises avec lui au Louvre, au XIXe siècle, par Mariette. Il diffère fortement des autres figures de scribes et, malgré sa taille d'un demi-mètre, paraît même plus impressionnant que l'immense Ramsès, lui aussi assis, dans la même salle. Il existe une statue semblable au musée du Caire, mais le scribe y est plutôt peu viril et chétif, peut-être à cause de son cou minuscule, encore que sa coiffure soit plus sympa. Mais elle ne me plaît pas.

Si je trouve quoi que ce soit sur le matériau des mamelons, j'écrirai un complément. Quand vous serez au Louvre, souvenez-vous de mes paroles.

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