Au Corps des Ingénieurs de la Galerie Tretiakov, l'exposition du prodigieux artiste russe Alexandre Ponomarev, « Je ne suis fou que par vent de nord-nord-ouest », réunit les maquettes de ses œuvres mondialement connues de Venise et de Paris, d'Égypte et d
L'exposition est de format intime, mais Ponomarev n'est pas à l'étroit dans ce modeste espace : son esprit vit au grand large des éléments du monde, et il s'incarne dans des œuvres dont les forces motrices sont la surface de la mer et la toile du ciel, la puissance des vagues et la poussée du vent ; des œuvres qui forcent à lever la tête et à tendre l'oreille, à voir la mécanique dans le naturel et à sentir l'organique dans le dynamisme des machines. Ponomarev, ancien marin qui a écumé les océans, fait vibrer de nouveau d'énormes hélices de navires réformés, mais cette fois sous le souffle de l'air ; il dresse sur de colossaux miroirs, directement au bord de la mer, les carcasses presque immatérielles d'anciennes barques japonaises ; il trouve l'élément marin dans le bruissement du désert marocain, transforme les bassins des capitales européennes en portail vers l'océan mondial, et raconte comment les forces de la nature s'entrelacent dans le mouvement du vivant et du non-vivant, pour enfanter l'art.
Il est d'un entrain incroyable, en ces temps où l'art contemporain déborde de griffonnages uniformes, impuissants et médiocres, de voir des créateurs du calibre de Ponomarev travailler la forme et la couleur, le mouvement et l'image, le volume et le milieu, le métal, la pierre, le verre, le bois, l'étoffe, les mécanismes complexes et les constructions de sa propre invention, et bien sûr les phénomènes naturels.
Parmi les projets présentés à l'exposition figurent des œuvres de Ponomarev issues de biennales et de triennales, qui firent sensation en leur temps. Un sous-marin ayant fait surface dans les canaux de Venise, et une sous-marine apparue dans le bassin du jardin des Tuileries, face au Louvre, des squelettes d'acier de navires métamorphosés en un ouroboros éternellement tournoyant, tout contre les Grandes Pyramides, des girouettes sur la colonnade du musée Pouchkine, et bien d'autres installations incroyables, vivantes, originales
