La momie d'un Amérindien de 2,54 mètres découverte près de San Diego en 1895 était un faux
En 1895, près de San Diego, on découvrit le corps momifié d'un Indien mesurant 2,54 mètres. La momie fut déclarée dépouille de l'homme le plus grand qui eût jamais vécu. De son vivant, estimaient les savants, l'homme retrouvé pouvait même dépasser 274 centimètres.
L'unique momie devint une véritable sensation. Plusieurs musées songèrent aussitôt à l'acquérir, notamment la Smithsonian, qui dépêcha à la foire d'Atlanta, où l'on exposait cette antiquité de 250 ans, un groupe de savants chargés de vérifier la momie. Le directeur du Bureau américain d'ethnologie, le professeur J. McGee, et l'anatomiste comparatiste de la Smithsonian, le professeur Lucas, examinèrent la trouvaille et s'en déclarèrent satisfaits.
Sous les lèvres, on distingua des dents ; de la cage thoracique saillaient les côtes ; la peau et les cheveux s'étaient conservés plutôt bien. Sur l'une des jambes, il est vrai, l'os était à nu, et il intrigua les chercheurs par sa « fraîcheur » et par un aspect gras que l'on sentait au toucher : il n'était ni assez sec ni assez poreux pour un âge aussi respectable.
Cet indice obligea à examiner de plus près une momie qui avait, au premier regard, donné toute satisfaction aux savants. Il se trouva que la distance entre le bassin et les os des jambes était bien supérieure à la norme. L'étude des cheveux montra qu'ils étaient faits de jute et d'autres fibres végétales ; la structure de la peau se révéla, elle aussi, fibreuse. Il apparut finalement que l'ossature de la momie était assemblée à partir de véritables os humains, débarrassés de leur chair à l'ammoniaque et recouverts de bandelettes goudronnées censées donner l'illusion d'une peau momifiée.
On suppose que les habiles artisans à l'origine de cette contrefaçon ne se sont pas arrêtés là et ont fabriqué plus d'une dizaine de ces trouvailles sensationnelles, avec crânes de plâtre et squelettes de bois, qui se sont dispersées dans les musées et les collections privées américains. Il ne faut donc pas croire sur parole toute princesse indienne ni tout aborigène de haut rang.