Chez Dovlatov, il y a un souvenir de la remarquable traductrice soviétique Rita Rait-Kovaliova, qui fut la première à traduire en russe bon nombre de classiques de la littérature américaine, allemande et d'autres
Il fut un temps où j'étais le secrétaire de Vera Panova. Un jour, Vera Fiodorovna me demanda :
— Qui, selon vous, écrit le meilleur russe ?
J'aurais sans doute dû répondre : vous. Mais je dis :
— Rita Kovaliova.
— Quelle Kovaliova ?
— Rait.
— La traductrice de Faulkner, c'est ça ?
— De Faulkner, de Salinger, de Vonnegut.
— Donc Vonnegut sonne mieux en russe que Fedine ?
— Sans le moindre doute.
Panova réfléchit, puis dit :
— Que c'est effrayant !…
À propos, une histoire de ce genre est arrivée, si je ne me trompe, à Gore Vidal. Il était à Moscou. Les Moscovites se mirent à interroger leur hôte sur Vonnegut. Ils admiraient ses romans. Gore Vidal remarqua :
— Les romans de Kurt perdent terriblement à être lus dans l'original…