Tourgueniev avait très peur du choléra et signalait souvent dans ses lettres les nouveaux foyers, décrivant en détail la situation à Paris et dans d'autres villes d'Europe, s'enquérant des affaires de Russie, remarquant que les gens mouraient comme des mo
Tourgueniev avait très peur du choléra et signalait souvent dans ses lettres les nouveaux foyers, décrivant en détail la situation à Paris et dans d'autres villes d'Europe, s'enquérant des affaires de Russie, remarquant que les gens mouraient comme des mouches, songeant combien il était heureux que les rossignols ne fussent pas atteints du choléra et pussent réjouir de leur chant le désespoir général. Un jour, il tomba malade lui-même, après être resté dormir chez Herzen, et supporta très mal la maladie, manquant de peu de passer de vie à trépas ; la lettre de Tourgueniev à Pauline Viardot en offre un croquis assez piquant :
« Quant au choléra, si j'osais… Allons, tant pis, je me risque. Sachez donc que, dans cette maladie, on pratique à maintes reprises des lavements. Dans ce joyeux pays qu'est la France, ce sont d'ordinaire de vieilles femmes qui les administrent. Et voilà que, ma garde-malade s'apprêtant à accomplir sa mission et moi lui ayant déjà "ouvert mon sein", je sentis, à mon immense stupeur, qu'au lieu du bec rigide et pointu de l'oiseau que l'on sait, elle introduisait un doigt… Surpris, presque effrayé, je reviens brusquement à moi. "Que faites-vous là, madame ?" -- "Ah, monsieur, je commence toujours par là : je ne vois pas assez bien." Il fallut finalement que je l'éclaire… Ce fut très difficile… je dus passer mon bras autour de sa tête… Quel tableau !»