L'épigramme de Nikolaï Chtcherbina contre les femmes émancipées et Théroigne de Méricourt
Théroigne de Méricourt Ouvrent des écoles pour les filles, Pour que nos gourdes en sortent Nihilistes en quenouille...
Il y eut au XIXe siècle un satiriste, Nikolaï Chtcherbina, poète au demeurant intéressant et homme plutôt convenable, non sans aspérités ni sans raideur d'esprit, il est vrai. Ces vers, par exemple, il les adressait aux premières femmes émancipées de Russie, lesquelles avaient la perfidie d'oser fréquenter les universités, vivre en communes, monter leurs propres entreprises : quelles coquines !
Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt a, elle aussi, eu droit à son lot de la plume de Chtcherbina, ce qui est pourtant assez étrange, si l'on songe qu'elle était morte quarante ans avant la parution de cette épigramme. Mais, à vrai dire, les attaques d'un réactionnaire à l'esprit si médiocre pouvaient difficilement nuire à une participante à la prise de la Bastille, qui avait mené les femmes à Versailles réclamer du pain, lutté pour l'égalité des droits, connu la prison pour ses convictions, et qui giflait sans façon les folliculaires de cet acabit.