mardi, 6 octobre 2026

Marina Tsvetaïeva s’adresse dans un poème d’août 1919 à un lecteur né un siècle plus tard

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À toi, dans cent ans.

À toi qui seras né
Un siècle plus tard, quand j'aurai rendu mon souffle,
Du fond de moi-même, comme un condamné à mort,
De ma propre main j'écris :

– Ami ! ne me cherche pas ! La mode est autre !
Même les vieillards ne se souviennent pas de moi.
– La bouche n'y atteint pas ! – À travers les eaux du Léthé
Je tends mes deux mains.

Comme deux brasiers, je vois tes yeux
Qui flambent vers moi, dans la tombe, en enfer, –
Eux qui voient celle que nulle main ne meut,
Morte il y a cent ans.

Tenant dans ma main – presque une poignée de poussière –
Mes vers ! – je vois : dans le vent
Tu cherches la maison où je suis née – ou bien
Celle où je mourrai.

Aux femmes que tu croises – celles-là, vivantes, heureuses –
Je suis fière de ton regard, et je saisis tes mots :
– Troupeau d'usurpatrices ! Vous êtes toutes mortes !
Elle seule est vivante !

Je l'ai servie du service d'un volontaire !
J'ai su tous ses secrets, tout l'assortiment de ses bagues !
Pilleuses de morts ! Ces anneaux
Lui ont été volés !

Ô mes cent bagues ! Mes veines se tendent,
Je me repens pour la première fois
De les avoir offertes si souvent de travers et à tort, –
Je ne t'ai pas attendu !

Et j'ai encore du chagrin de ce que ce soir,
Ce soir d'aujourd'hui – j'ai marché si longtemps
Derrière le soleil qui se couche, – et vers
Toi – dans cent ans.

Je parie que tu jetteras ta malédiction
À mes amis, dans l'obscurité des tombes :
– Tous louaient ! Une robe rose,
Personne ne l'a offerte !

Qui fut plus désintéressé ?! – Non, je suis intéressée !
Puisque tu ne me tueras pas, – je n'ai pas à cacher mon intérêt :
J'ai mendié à tous des lettres
Pour les embrasser la nuit.

Le dire ? – Je le dirai ! Le néant est une convention.
Tu es pour moi à présent le plus ardent des hôtes,
Et tu refuseras à la perle de toutes les amantes
Au nom de celle-là – d'ossements.

Traduction littérale

Marina Tsvetaïeva, août 1919

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