La vie de saint Martin, l'épisode du manteau et la relique des rois de France
Saint Martin et le mendiant. Le Greco, 1597-1599.
L'épisode du manteau et du mendiant est le plus célèbre de la vie de saint Martin. L'évêque serbe Nicolas Velimirovitch en donne la version suivante :
Martin naquit de parents païens dans la ville pannonienne de Sabaria, en 316. Son père était officier romain, et le jeune Martin fut enrôlé dans l'armée contre sa volonté. Mais il était déjà, à cette époque, catéchumène de l'Église chrétienne. Dès sa plus tendre enfance, il aimait l'Église de tout son cœur.
Un jour d'hiver, alors qu'il était déjà soldat et se rendait à Amiens, il vit devant les portes de la ville un mendiant presque nu, tremblant de froid. Pris de pitié, Martin se laissa distancer par ses camarades, ôta son manteau militaire et le trancha en deux d'un coup d'épée. Il donna une moitié au mendiant, s'enveloppa dans l'autre et poursuivit son chemin.
Cette nuit-là, le Seigneur Jésus-Christ lui apparut en songe, drapé dans l'autre moitié du manteau de Martin, et dit à Ses anges : « Martin, qui n'est encore que catéchumène, m'a revêtu de son vêtement ! »
Ayant quitté l'armée, Martin reçut aussitôt le baptême, puis baptisa sa mère. Plus tard, il fut tonsuré moine et mena la vie humble d'un véritable ascète, ce pour quoi Dieu lui accorda le don des miracles : il ressuscitait les morts et chassait les esprits impurs.
Martin fut nommé évêque de Tours contre son gré. Après de nombreux travaux dans la vigne du Seigneur et un rude combat contre les païens et les hérétiques ariens, saint Martin remit sa sainte âme entre les mains de son Seigneur en 397.
Naturellement, les versions hagiographiques varient. Tantôt on rapporte que, le lendemain matin, Jésus rendit à Martin son manteau intact. Tantôt que, à l'instant de sa rencontre avec le mendiant, Martin avait déjà distribué le reste de ses vêtements.
Du moins ce fait de sa biographie est-il présenté comme parfaitement documenté. Mieux encore, on sait que le manteau de saint Martin était conservé dans l'oratoire des rois mérovingiens, dans l'abbaye de Marmoutier, près de Tours. Au Moyen Âge, les rois de France emportaient avec eux à la bataille le manteau miraculeux de saint Martin et s'en servaient comme d'une relique sacrée sur laquelle on prêtait serment. Le manteau apparaît pour la première fois dans le trésor royal en 679, lorsqu'il était gardé au palais de Luzarches, résidence royale que Charlemagne céda par la suite aux moines de Saint-Denis.
Si quelqu'un se demande pourquoi Martin n'a pas donné le manteau tout entier, plusieurs explications s'offrent à lui. Première explication : dans la version où il avait déjà donné tous ses autres vêtements, cela l'aurait laissé complètement nu. Deuxième explication : le manteau était l'unique bien du soldat, et il a partagé à parts égales ce qu'il possédait lui-même. Troisième explication : il ne pouvait mettre le mendiant dans la situation de regretter l'acte de charité accompli en se présentant devant lui sans manteau, ce qui, en plein hiver, eût signifié la mort (les soldats romains portaient deux types de manteaux : le sagum et la paenula. Tous deux étaient faits de laine imprégnée pour repousser l'eau. Le manteau permettait de dormir à la belle étoile, et sa longueur, supérieure à celle du corps humain, puisqu'on le portait replié en deux, permettait de s'y envelopper entièrement.)