L'aînée des filles de Fiodor Tiouttchev jugeait Smolny impropre à ses sœurs : « J'ai été frappée par les défauts de l'éducation que l'on donnait aux enfants dans cet établissement
L'aînée des filles de Fiodor Tiouttchev jugeait Smolny impropre à ses sœurs : « J'ai été frappée par les défauts de l'éducation que l'on donnait aux enfants dans cet établissement. L'instruction qu'on y recevait était en général très faible, mais l'éducation morale était particulièrement mal conduite. »
Anna Fiodorovna avait elle-même grandi en Allemagne, où son père était en poste dans la diplomatie ; élève de l'Institut royal de Munich, elle n'était arrivée en Russie qu'après son seizième anniversaire, et comparait tout ce qu'elle voyait dans cette « patrie étrangère » aux réalités européennes qui lui étaient familières.
Ce qui préoccupe surtout Tiouttcheva, c'est la vie morale de Smolny, qui diffère sensiblement de l'atmosphère dans laquelle elle avait été élevée : « Tout l'esprit qui régnait dans l'établissement développait chez les enfants avant tout la vanité et l'esprit mondain. Les bonnes élèves, celles qui savaient mieux que les autres danser et faire gracieusement la révérence, se coiffer avec goût et rehausser artificiellement d'un peu de jus de canneberge la pâleur de leur teint, pouvaient toujours compter sur la faveur de la directrice, Mme Leontieva, et par conséquent aussi sur celle de la sous-directrice et des dames de classe. Les enfants de parents riches et haut placés formaient dans les classes une aristocratie à part. Pour elles, les règles de la discipline de l'institut n'existaient presque pas. Elles pouvaient impunément sécher les cours, dormir longtemps le matin sans prêter attention à la cloche, dédaigner le dîner servi au réfectoire commun (qui était, soit dit en passant, abominable) et se nourrir de friandises de la boutique voisine. Du point de vue moral comme du point de vue physique, tout le régime était abominable. »
Voilà pour l'élite et le prestige !
« Mes sœurs, grâce à leurs jolis minois et à la position de leurs parents, et surtout grâce à la protection des grandes-duchesses, dont elles étaient les pensionnaires, se sont aussitôt retrouvées dans la catégorie des aristocrates, c'est-à-dire des enfants condamnées à la corruption », écrit Tiouttcheva.
Vous savez quoi ? Cela m'a beaucoup rappelé le lycée n° 57. Et quelques autres établissements pour happy few.