Les Bagration-Moukhranski, leurs mariages avec les Romanov et leur hôtel à Tbilissi
Puisqu'en Géorgie on parle de soumettre à référendum la question du rétablissement de la monarchie, j'ai décidé de poursuivre mon récit sur la dynastie des Bagration-Moukhraneli.
La maison aristocratique géorgienne des Bagration-Moukhraneli est liée à celle des Romanov par plusieurs unions dynastiques. La plus importante d'entre elles est, bien sûr, le mariage de Léonida Bagration-Moukhranskaïa avec le grand-duc Vladimir Kirillovitch Romanov, dont est née Maria Vladimirovna Romanova, qui se dit chef de la Maison impériale de Russie (j'ai déjà raconté cette histoire.
Les Bagration-Moukhraneli sont l'une des branches de la dynastie des Bagration ; elle descend du plus jeune fils du roi Constantin II Bagrat (1519-1539), qui reçut en apanage la contrée de Moukhrani. Un petit territoire de plaine où l'on cultive, aujourd'hui encore, principalement la vigne. Il existe d'ailleurs une maison vinicole, le Château Mukhrani. Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, les princes de Moukhrani montèrent sur le trône de Géorgie, où ils se maintinrent jusqu'au milieu du XVIIIe siècle ; cette dynastie a donné cinq souverains géorgiens. Après la suppression de l'apanage de Moukhrani, les Moukhranbatoni continuèrent d'exister comme maison princière. Bien des lignées du clan se sont éteintes, et il n'en subsiste aujourd'hui qu'une seule branche.
De 1842 à 1895, la maison fut dirigée par Ivan Konstantinovitch Bagration-Moukhranski, dont le souvenir est resté attaché à de nombreux édifices de Tbilissi. Il commanda la construction de l'hôtel familial, au centre de la ville, et cette maison des Bagration-Moukhraneli existe encore. Je passais souvent devant elle en me rendant à la Bibliothèque parlementaire nationale, sans trop m'interroger sur le sort du bâtiment. Il abrite aujourd'hui la galerie Goudiachvili : rien de très particulier, derrière de lourdes portes de fer, un vestibule de marbre et un espace d'exposition sur deux niveaux, fort agréable. On y montre les dessins, les caricatures, les photographies et les tableaux du peintre. Dans l'autre moitié de la maison se trouvent des appartements privés, et dans l'un d'eux vit toujours la famille du peintre Goudiachvili, qui détient l'une des plus impressionnantes collections d'art et d'antiquités du pays (on y conduisait souvent des hôtes de marque, comme Margaret Thatcher, pour admirer cet ensemble). De cette maison, où j'ai été reçu chez plusieurs familles à la fois, je parlerai un jour à part. J'ajoute un seul détail : c'est là que vécut jusqu'à son dernier jour Maria, la seconde fille du chef de la maison royale de Géorgie de 1918 à 1957, Gueorgui Alexandrovitch Bagration-Moukhranski.
Il faut d'emblée préciser que la lignée du lieutenant-général Ivan K. Bagration-Moukhranski s'est interrompue avec la mort de son fils unique (et sans enfant) Constantin, en 1903. Les Bagration-Moukhraneli dont nous parlons aujourd'hui descendent du frère d'Ivan, le conseiller d'État effectif Irakli Konstantinovitch Bagration-Moukhranski, et de son épouse Ekaterina Argoutinskaïa-Dolgorouki, issue d'une famille princière arménienne. De ce mariage naquit Alexandre Irakliévitch, qui fut le père de Gueorgui. Gueorgui Alexandrovitch Bagration-Moukhranski avait une sœur aînée, Nina Alexandrovna. Alexandre Irakliévitch fut sauvagement assassiné par les bolcheviks à Kislovodsk, tandis que son épouse Maria Dmitrievna et sa fille parvinrent à s'enfuir à Nice en 1921. Nina était demoiselle d'honneur de l'impératrice Maria Feodorovna ; restée célibataire en Europe, elle présida durant de longues années des œuvres de bienfaisance.
La mère de Maria Dmitrievna, née Golovatcheva, s'appelait Léonida. Ainsi, Gueorgui Alexandrovitch Bagration-Moukhranski donna à sa fille aînée le nom de sa mère, et à la cadette celui de sa grand-mère maternelle.