La recherche de vie extraterrestre repose aujourd'hui sur deux piliers : la chimie et les signaux radio
La recherche de vie extraterrestre repose aujourd'hui sur deux piliers : la chimie et les signaux radio. Astrobiologistes, astronomes et planétologues traquent par spectroscopie, dans l'atmosphère de planètes lointaines, l'oxygène et le méthane, qui peuvent trahir la présence de la vie en général, fût-ce de simples bactéries. Les radioastronomes, eux, cherchent des signaux radio, c'est-à-dire les marques d'une civilisation technologique avancée.
Entre l'apparition des bactéries et celle des technologies s'écoulent des milliards d'années d'évolution ; sur Terre, il a fallu environ 3,5 milliards d'années. Or, si quelqu'un avait tenté, il y a quelques milliers d'années, de capter avec un radiotélescope la moindre trace d'activité technologique sur notre planète, il n'aurait rien trouvé, bien que le développement de la vie y fût déjà allé très loin au-delà du royaume des bactéries.
Cet intervalle entre la recherche de biosignatures et celle de technosignatures pourrait, aussi étrange que cela paraisse, relever du champ d'action des bons vieux archéologues et paléontologues terrestres, ceux qui exhument tessons, ossements et fossiles. Une astrobiologiste américaine a proposé le terme de « noosignatures », censé désigner les traces, encore non identifiées, des stades intermédiaires de la vie intelligente, bref de tout ce qui se situe entre la baignade dans la soupe primordiale et l'envoi de photos par AirDrop.
Chacun comprend que les êtres vivants laissent quantité de traces de leur activité mentale, même sans technologies électroniques : outils, constructions, motifs, signaux sonores complexes, modification de la biosphère. L'Américaine propose de mettre au point des méthodes pour distinguer une véritable empreinte de l'intelligence d'un simple hasard.
Il est précisément question, pour l'heure, de l'archéologie terrestre, comme de l'une des applications de sa réflexion. Une pierre peut se fendre sans intervention humaine, sous le seul effet du climat ou de la chimie, ou parce qu'une autre pierre lui est tombée dessus. Mais elle peut aussi avoir été fendue délibérément, à l'aide d'un instrument, puis façonnée par un travail intelligent. Il faudrait ici recourir à une théorie de l'assemblage, qui compterait, par exemple, combien d'opérations de jonction sont nécessaires pour construire un objet à partir d'éléments simples, ou quel est le nombre minimal d'itérations pour obtenir une figure donnée. Plus ces opérations sont nombreuses, moins il est probable que l'objet soit le fruit du hasard, et plus il est probable qu'une intelligence se tienne derrière lui.
Non seulement la théorie de l'assemblage n'a encore jamais été appliquée à des outils ou à des constructions, mais elle n'est même pas pleinement formalisée. Et les « mais » ne manquent pas, à commencer par les objets naturels, tels les cristaux, qui peuvent eux aussi paraître d'une structure complexe tout en existant sans la moindre intelligence biologique.
L'idée n'en demeure pas moins fort intéressante.
Les galets taillés de Lomekwi, au Kenya, par exemple, vieux de 3,3 millions d'années et reconnus comme les plus anciens outils connus, feraient un excellent matériau de travail pour tester cette théorie. D'autant qu'il existe des dizaines de trouvailles lithiques plus anciennes encore, qui pourraient prétendre au titre de premières industries, mais que les archéologues écartent comme inadéquates