Orest Kiprenski, déjà fort célèbre en Russie (1805 : grande médaille d'or pour son tableau « Dmitri Donskoï sur le champ de Koulikovo » ; 1812 : académicien ; ses contemporains l'appelaient le Van Dyck russe), vécut longtemps à Rome, où…
Orest Adamovitch Kiprenski, déjà fort célèbre en Russie (1805 : grande médaille d'or pour son tableau « Dmitri Donskoï sur le champ de Koulikovo » ; 1812 : académicien ; ses contemporains l'appelaient le Van Dyck russe), vécut longtemps à Rome, où il arriva pour la première fois en 1816, à l'âge de 34 ans. Mais, à dire vrai, il y mena une existence plutôt triste et s'y forgea une réputation équivoque. Il y travailla pourtant beaucoup et avec fruit : il fut même le premier peintre russe à recevoir de la galerie des Offices la commande d'un autoportrait.
C'est à Rome que le pionnier du romantisme russe mourut. Il est enterré en plein centre de la ville, dans l'une de ses belles églises, Sant'Andrea delle Fratte. Sa vie romaine fut ternie par la mort tragique de son modèle, une femme de mœurs légères, dont on retrouva le corps brûlé sous une toile imbibée de térébenthine. L'assassin était probablement l'amant de la malheureuse, mais les mauvaises langues accusèrent Kiprenski, ce qui nuisit fort à sa réputation. Il fut l'objet d'une véritable persécution, on alla jusqu'à lui jeter des pierres, et il regagna bientôt la Russie, où la mauvaise renommée le rattrapa pourtant. Bien des années plus tard, le peintre épousa la fille devenue grande de la défunte, qui avait été livrée à elle-même du vivant de sa mère et que Kiprenski avait prise chez lui, pour l'élever, à l'âge de 6 ans.
Paoustovski rapportait une histoire courante sur Kiprenski, qui parcourait Rome les poches bourrées de pain pour nourrir les chiens errants : ils le suivaient en meute et l'attendaient dans la rue chaque fois qu'il entrait quelque part.
