Le Nouveau
Le Nouveau. Ivan Bogdanov, 1893
Un cordonnier ivre fait la leçon à un petit apprenti : le spectateur ne peut que deviner les horreurs qui accompagnaient l'existence de ces aides d'artisans que les parents, en quête d'une vie meilleure, plaçaient en apprentissage chez toutes sortes de maîtres. Quant au peintre, il n'en a pas seulement entendu parler : Ivan Bogdanov a grandi dans une famille de tailleur et était entouré de gens de cette condition.
Tchekhov décrit la vie de ces malheureux apprentis. Dans la nouvelle « Vanka », un garçon de neuf ans écrit « au village, à grand-père » :
Et hier j'ai reçu une raclée. Le patron m'a traîné dehors par les cheveux et m'a étrillé avec une courroie de cordonnier parce que je berçais leur petit dans son berceau et que, par mégarde, je m'étais endormi. Et dans la semaine, la patronne m'a dit de nettoyer un hareng, et moi j'ai commencé par la queue, alors elle a pris le hareng et m'a fourré sa tête dans la figure. Les compagnons se moquent de moi, ils m'envoient au cabaret chercher de la vodka et me disent de chiper des concombres aux patrons, et le patron me bat avec ce qui lui tombe sous la main. Et à manger, il n'y a rien du tout. Le matin on me donne du pain, à midi de la kacha, et le soir encore du pain, et du thé ou de la soupe aux choux, ça, les patrons se le lampent eux-mêmes. Et pour dormir, on me dit de coucher dans l'entrée, et quand leur petit pleure, je ne dors pas du tout, je berce le berceau. Cher grand-père, fais-moi la grâce de Dieu, reprends-moi d'ici, à la maison, au village, je n'en peux plus... Je me prosterne à tes pieds et je prierai Dieu pour toi éternellement, emmène-moi d'ici, sinon je vais mourir...