Rien n'illustre aussi exactement une phrase du « Camp des saints » de Jean Raspail, l'un des grands livres du XXe siècle, que ces clichés de Bruxelles en 2021, où un sans-abri resté anonyme fait cuire une omelette sur la Flamme éternelle de la Tombe du So
Votre univers ne signifie rien pour eux. Ils n'essaieront pas de comprendre. Ils seront fatigués, ils auront froid, et ils feront du feu devant votre belle porte de chêne
― Jean Raspail.
À l'époque, ces photographies ont fait le tour des réseaux sociaux, au milieu d'une vaste vague de discussions sur la migration vers l'Europe, illégale et, d'ailleurs, parfaitement légalisée.
Bien sûr, on se souvient aussi qu'en France, lorsqu'un immigré marocain avait allumé sa cigarette à la Flamme éternelle de la Tombe du Soldat inconnu, il avait été expulsé peu après. Et d'autres cas de profanation de monuments à la gloire militaire, qui, eux non plus, ne sont finalement pas restés impunis.
Si indignantes que soient ces images et la situation elle-même, une question demeure pourtant. Nous ne sommes nullement certains que l'homme au visage flouté soit précisément un migrant clandestin ; son appartenance ethnique et culturelle est inconnue. Une seule chose est sûre : cet homme a franchi l'une des lignes infranchissables de notre culture. Quelle raison l'a placé dans de telles conditions, quelles circonstances l'y ont conduit : cela forme sans doute une tragédie à part. L'affaire se passe à Bruxelles, et il serait donc naturel de demander : comment un État aussi progressiste, aux autorités socialistes, a-t-il pu amener le pays au point où des sans-abri font leur cuisine sur le feu d'un monument national ? Plus intéressant encore : pourquoi un monument de cette importance n'est-il pas placé sous la garde permanente d'une compagnie d'honneur, ou à tout le moins sous l'œil d'un agent de police ou d'un militaire ? Certes, le premier mouvement est de s'exprimer en populiste contre la grande force destructrice incarnée par une migration que rien ne semblerait contrôler, à tort, comme il peut le paraître. En réalité, il est inutile d'incriminer les gens ordinaires, qui, comme toujours, sont victimes de circonstances plus fortes qu'eux ; il importe bien plus de remonter à la source du problème, laquelle se situe d'ordinaire dans les cabinets des décideurs, et ce sont là des gens fort cultivés et instruits

