Nemirovitch-Dantchenko décrit un épisode de la campagne de Turquie, lors d'une remise de croix de Saint-Georges, où le général Skobelev refusa l'une d'elles à l'officier d'une compagnie qui avait fléchi pendant le combat
Nemirovitch-Dantchenko décrit un épisode de la campagne de Turquie, lors d'une remise de croix de Saint-Georges, où le général Skobelev refusa l'une d'elles à l'officier d'une compagnie qui avait fléchi pendant le combat. « TOI, tu la mérites peut-être : qu'on te propose pour une croix nominative. Mais, aujourd'hui, je décore les hommes choisis par les soldats eux-mêmes. Or ta compagnie, qui s'est certes reprise par la suite, mais s'est d'abord couverte de honte en reculant, a-t-elle le droit de choisir ? Que penses-tu, peut-on permettre à des lâches de décerner des croix de Saint-Georges ? »
Quant aux compagnies qui avaient fui le champ de bataille, Skobelev fit savoir qu'il ne voulait plus les connaître : « Je ne les tiens pas pour miennes. Je ne les saluerai pas. Je ne veux pas les remarquer. Elles ont déshonoré notre glorieux régiment, qui s'est si vaillamment battu à Lovtcha. Dites-leur donc, et que les officiers se le tiennent pour dit une fois pour toutes : quiconque restera en arrière dans l'action n'a pas sa place dans ma division. » Et, de fait, il ne remarquait pas ces compagnies, passait devant elles sans les saluer, sans même leur jeter un regard. Sa tactique, pourtant, consistait en ceci : quand il fallait accomplir quelque chose d'audacieux, c'était précisément à ces compagnies qu'il s'adressait, sûr qu'elles le suivraient partout : « Allons, on s'embrassera après, et tout sera dit. »