samedi, 3 octobre 2026

​​À partir du milieu du XVIIIe siècle, l'Angleterre recourut de plus en plus souvent aux hommes pour les accouchements : des médecins rompus à la chirurgie et munis d'instruments spéciaux se montraient bien plus efficaces que des sages-femmes qui ne conna

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​​À partir du milieu du XVIIIe siècle, l'Angleterre recourut de plus en plus souvent aux hommes pour les accouchements : des médecins rompus à la chirurgie et munis d'instruments spéciaux se montraient bien plus efficaces que des sages-femmes qui ne connaissaient que la médecine populaire. Mais cette mode souleva une polémique publique, attisée par le fait que seules les personnes aisées pouvaient s'offrir les services de véritables médecins.

En Europe, la situation était d'ailleurs déplorable en général : on n'enseignait pas la médecine aux femmes à l'université, et l'on n'avait pas coutume d'admettre les hommes auprès du corps féminin. Jusque-là, on ne faisait appel aux médecins hommes que dans les cas les plus difficiles et les plus dangereux. Or, à présent que les accoucheuses issues du peuple voyaient fondre leur clientèle, elles se mirent à répandre toutes sortes de mythes : ces instruments seraient terriblement dangereux et risqueraient aisément de nuire à la mère comme à l'enfant. Les professionnels de la médecine, de leur côté, doutaient de la valeur de l'expérience des sages-femmes et des méthodes traditionnelles d'accouchement.

Mais l'argument décisif n'était pas un fait médical, c'était un fait moral : dans les couches peu éclairées de la société, l'opinion s'était imposée que les hommes se tournaient vers l'obstétrique par goût de la chasse aux corps féminins dénudés, et qu'ils étaient par conséquent immoraux et pervertis ; on les disait rusés et indécents.

Le pamphlétaire et caricaturiste anglais Samuel William Fores publia même, sous le pseudonyme de John Blunt, une brochure en 14 lettres démontrant que les hommes accoucheurs constituaient un mal privé, domestique et national. En des termes fort éloquents, l'auteur y défendait le point de vue traditionaliste sur le processus de l'accouchement. Il traitait les femmes qui recouraient aux services d'accoucheurs hommes de bêtes éhontées qui, en laissant un étranger approcher leur lit pendant l'accouchement, ne rougiraient sous aucun prétexte, sinon à l'aide de fard.

Mais outre ces déclarations sauvages et routinières, Fores appelait par exemple les femmes accoucheuses à recevoir une instruction convenable et à s'efforcer de chasser de la chambre des dames leurs concurrents masculins. Au fond, c'était un manuel de conduite plutôt qu'une note médicale. L'auteur explique, par exemple, aux femmes qu'il est plus important de préserver sa vie, de danser dans les bals et de prêter l'oreille aux Français flatteurs.

La brochure est illustrée d'un dessin extrêmement intéressant, où l'homme accoucheur est représenté comme une sorte d'hybride, pris entre l'apparence masculine et l'apparence féminine. Vêtu à la dernière mode, l'homme tient un instrument médical ; derrière lui s'alignent diverses pinces effrayantes et des drogues propres à séduire les femmes, tandis que la moitié féminine de cet être, sous les traits d'une maîtresse de maison, se tient dans un intérieur douillet, là où doivent se dérouler les accouchements convenables.

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