jeudi, 1 octobre 2026 · Almaty

Lors du Forum juridique international de Saint-Pétersbourg, la vice-ministre de la Culture Janna Alekseïeva a déclaré que la Bibliothèque Lénine aménageait un dépôt fermé pour la littérature « à caractère destructeur », et l'a qualifié de « spetskhran »

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Lors du Forum juridique international de Saint-Pétersbourg, la vice-ministre de la Culture Janna Alekseïeva a déclaré que la Bibliothèque Lénine aménageait un dépôt fermé pour la littérature « à caractère destructeur », et l'a qualifié de « spetskhran »

Premièrement, il faut d'emblée préciser que le spetskhran existe à la Bibliothèque Lénine depuis toujours : nul n'a supprimé ce département avec l'effondrement de l'URSS, ce sont seulement le régime d'accès et le principe d'alimentation qui ont changé. Ainsi, on y versait la littérature à caractère pornographique et extrémiste qui, par défaut, entre à la bibliothèque soit au titre du dépôt légal, soit par d'autres voies, et qui doit en tout état de cause être conservée, quoi qu'elle puisse représenter, mais n'est pas destinée à être communiquée librement sur demande des lecteurs. Naturellement, le département de conservation spéciale n'a donc jamais disparu, et il n'y a pas lieu de le recréer aujourd'hui. Ce qui change, ce sont les motifs pour lesquels un livre échoue dans cette section du dépôt.

Concrètement, Alekseïeva, si j'ai bien compris, a indiqué que les livres auxquels ont participé des agents de l'étranger sont assimilés aux produits 18+ et envoyés dans ce fameux local séparé, dont la communication ne s'effectue que sur demande et uniquement aux personnes majeures.

Les départements du spetskhran sont apparus aux premières heures du pouvoir soviétique et ont été formellement liquidés en 1990 par un arrêté du Glavlit. Tous les livres devaient être rendus aux fonds généraux, mais, comme vous le devinez, dans certains cas un tel retour était tout simplement impossible sur le plan technique, puisque personne n'avait définitivement abrogé les listes des livres interdits à la libre circulation. Je précise encore, par un exemple concret. Les documents imprimés, audiovisuels et électroniques des associations religieuses et des cultes destructeurs dont l'activité a été reconnue extrémiste ou terroriste par un tribunal et interdite sur le territoire du pays sont bien conservés quelque part, eux aussi. Les fonds qui abritent ces documents, entre autres, et cela depuis des décennies, pour des raisons compréhensibles, avec un régime d'accès particulier, voilà ce qu'est le spetskhran, celui-là même qui a soudain mis tout le monde en émoi.

Que contenait le spetskhran soviétique ? À différentes époques, des livres d'émigrés et des livres religieux, des publications de la guerre civile, des ouvrages mentionnant Trotski, Zinoviev, Kamenev, Boukharine, des textes d'Akhmatova, de Mandelstam, de Boulgakov, de Severianine, et, d'une manière générale, tout ce qui avait été imprimé à l'étranger, indépendamment du contenu. L'accès était accordé sur requête du lieu de travail, revêtue de la signature du directeur, et jusqu'en 1983 il pouvait y falloir aussi celle du secrétaire du comité du parti.

Le Glavlit soviétique vérifiait les fonds à la main d'après la « Liste récapitulative des livres à retirer ». Le bibliothécaire d'aujourd'hui est tenu, selon toute apparence, de surveiller des sources telles que le registre des agents de l'étranger du ministère de la Justice, c'est-à-dire de suivre les ajouts à la liste et de déplacer à l'avance les livres vers la zone fermée. Mais inutile d'y voir une nouveauté fatale ou choquante : seul change le contenu de la liste elle-même, celle de la littérature soustraite à l'accès simplifié des lecteurs.

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