Lettre de Pouchkine à Delvig de 1828 sur des enfants attendant un poète en sucre
Sur ces entrefaites, il y eut chez un voisin une réunion où je devais me rendre. Les enfants de sa parente, des gamins gâtés, voulaient absolument y aller aussi ; leur mère leur apporta des raisins secs et des pruneaux, pensant s'éclipser en douce, mais Piotr Markovitch (Poltoratski) les mit en ébullition ; il accourut auprès d'eux : « Enfants ! Enfants ! Votre mère vous trompe ! Ne mangez pas de pruneaux, allez avec elle ; Pouchkine y sera ; il est tout en sucre, et son derrière est en pomme ; on le découpera, et vous en aurez chacun un petit morceau. » Les enfants éclatèrent en sanglots : « Nous ne voulons pas de pruneaux, nous voulons Pouchkine ! » Que faire ? On les emmena, et ils se précipitèrent vers moi en se léchant les babines, mais, voyant que je n'étais pas en sucre, mais en cuir, ils restèrent tout déconfits.
Alexandre Sergueïevitch Pouchkine, dans une lettre à Anton Antonovitch Delvig, à la mi-novembre 1828.
Illustration : Venetsianov. Portrait des enfants Panaïev avec leur nourrice. 1841. Galerie nationale Tretiakov, Moscou