Le gouverneur militaire de Moscou, Iouri Vladimirovitch Dolgorouki, était un grand ami du dignitaire Stépane Stépanovitch Apraxine, ancien gouverneur militaire de Smolensk, connu avant tout pour les fastueuses réceptions données dans sa demeure de…
Selon le récit d'Elisavéta Petrovna Iankova, Apraxine et Dolgorouki avaient conclu un pacte assez singulier : le premier des deux à mourir ferait signe à celui qui resterait en vie, et lui apparaîtrait à trois reprises avant sa propre mort pour l'avertir que l'heure était venue. Apraxine partit le premier, en 1827. L'un des frères Boulgakov écrivait de lui que c'était un homme vain et sans intérêt, bon seulement à recevoir des invités dans sa riche demeure ; pourtant, bien des Moscovites pleurèrent le départ de Stépane Stépanovitch, se souvenant de lui non seulement comme d'un hôte cordial et attentionné, mais aussi comme d'un homme bon et de grand cœur.
Iouri Vladimirovitch survécut à son ami trois années. Et en effet, d'après le témoignage de son frère Vassili Vladimirovitch, avant de mourir il vit l'esprit d'Apraxine lui apparaître : d'abord six mois auparavant, puis une seconde fois, et enfin trois jours avant sa mort. Iouri Vladimirovitch racontait à ses proches chacune des visites de son défunt ami de cœur, en notant que l'heure de son propre départ approchait.
Mais le plus savoureux dans cette histoire n'est pas le désir de deux amis intimes de s'assurer qu'une communication entre le monde des morts et celui des vivants est possible, ni même qu'ils y soient parvenus, mais ce que l'on raconte à propos de la fin d'Apraxine : quelques mois avant sa mort, dit-on, lui était déjà apparu un vieillard qui lui avait annoncé sa fin prochaine, puis l'avait prévenu une deuxième et une troisième fois que la mort était proche. Cette première apparition serait-elle à l'origine de l'intérêt soudain d'Apraxine et de Dolgorouki pour la possibilité d'un commerce entre les vivants et les morts ?