Le vénérable de Moscou, poète et écrivain de renom Iouri Alexandrovitch Nelédinski-Méletski trouva un moyen touchant et ingénieux d'apaiser les angoisses de sa femme malade au sujet du sort de leur fils unique Sergueï, alors sous les drapeaux durant la gu
Ekaterina Khovanskaïa, comme bien des mères, se rongeait d'inquiétude faute de nouvelles de son fils, surtout pendant les batailles principales et les plus sanglantes, ce qui ne faisait qu'aggraver son état déjà fort précaire. Le fils était un noceur notoire et oubliait tout bonnement d'écrire à la maison, ce pour quoi son papa imagina un stratagème : il le pria, quand l'occasion s'en présenterait, d'expédier à Moscou deux lettres à la fois, l'une pour sa mère, la seconde, de réserve, pour son père.
La lettre de réserve, naturellement sans date, contenait des informations d'ordre général : le temps qu'il faisait, la bonne santé, le tout en 10 à 15 lignes, des salutations aux proches, deux ou trois questions sur les sœurs et l'annonce que le temps de guerre se passait de la façon la plus agréable du monde, sans le moindre détail sur les campagnes. Et, faute de lettres véritables depuis longtemps, Iouri Alexandrovitch faisait parvenir ces lettres de secours à son épouse, qui reprenait aussitôt courage ; c'est ainsi qu'on tint jusqu'à la fin de la guerre.
En 1813, Ekaterina Nikolaïevna, la pauvre, s'éteignit dans sa 51e année, mais en voyant son fils et l'âme en paix quant à son sort.