Mémoire de Louis XVII en France, rumeurs de son évasion et faux Louis XVII
Les sentiments monarchistes demeurent vifs en France jusqu'à nos jours, et plus encore l'idée de Louis XVII en innocente victime, qui s'empare de bien des esprits. Ainsi, l'on entend dire, non sans fondement, qu'il faudrait élever un monument à Louis-Charles, Louis XVII, consacré également à tous les nourrissons et à tous les enfants martyrs. Et dans l'église Sainte-Élisabeth-de-Hongrie, à trois maisons du Temple, un office est célébré chaque mois de juin en sa mémoire ; dans ce même sanctuaire, on se souvient de tous les enfants martyrs de cette république, dont les souffrances seront à jamais le reflet de la cruauté et de la sauvagerie de la Révolution. Il est affreux que l'on n'ait pas seulement gardé l'enfant au cachot sous la férule d'un monstre, le cordonnier Simon, qui le tourmentait jour et nuit, mais qu'on ait aussi répandu sans relâche des mensonges sur lui et en son nom. On racontait, par exemple, que le petit garçon chantait avec plaisir des chansons révolutionnaires, si grossières et si bornées qu'il n'aurait très certainement pas même pu les comprendre. Et plus les circonstances de la fin funeste d'un enfant de dix ans dans une prison d'État paraissent effroyables, plus grande est la foi en son salut miraculeux : en effet, aussitôt après les nouvelles de la mort de Louis, des bruits coururent selon lesquels on l'avait tout de même sauvé, et que c'était un autre garçon qui était mort (ce qui n'en est pas moins tragique). Le roi se serait évadé grâce à des complices secrets, qui l'auraient fait sortir de la prison dans un panier à linge. Ce n'est pas un hasard si, dans les années suivantes, surgiront plus d'un faux Louis, dont chacun s'emploiera, avec plus ou moins de conviction, à démontrer que sa personne était identique à celle du rejeton royal ; certains transmettront même cette certitude à leurs enfants, qui, au XXe siècle encore, défendront leur origine royale. Que le jeune captif ait survécu ou non, il faut être non pas révolutionnaire, mais luciférien, pour soumettre un enfant à de tels supplices et le faire languir dans un souterrain.