Hérédité et syphilis comme causes possibles des troubles mentaux d'Henri VIII
La syphilis pouvait-elle être la cause du mauvais caractère d'Henri VIII ?
À cinquante ans, Henri VIII était presque impotent, quoique sa vigueur et sa puissance d'antan eussent nourri bien des légendes. Haut de 186 centimètres, le roi pesait vers la fin de sa vie 180 kilogrammes et ne pouvait se déplacer qu'à l'aide de dispositifs spéciaux. Le peuple l'avait surnommé Gros Harry. Outre une multitude d'infirmités physiques, minutieusement consignées par les médecins de la cour, le souverain souffrait manifestement de troubles psychiques qui empoisonnaient l'existence de tout son entourage, et en particulier celle de ses épouses et de sa parentèle.
La nature des déviations mentales du deuxième roi de la maison Tudor a engendré quantité de théories, dont une partie invoque une mauvaise hérédité : il était l'arrière-arrière-petit-fils du roi de France Charles VI, le Fou.
L'aïeul français d'Henri était connu dès sa jeunesse pour des accès de rage que déclenchait la moindre contrariété. Le mal progressa, et le malheureux pouvait, en pleine expédition, se jeter sur ses courtisans, soupçonnant une trahison ; après avoir égorgé plusieurs hommes, il menaçait de mort son propre frère et galopait, fou furieux, à travers les forêts à la recherche de traîtres. Charles était enclin à renier sa dignité royale, ses devoirs de souverain et jusqu'à son nom, oubliait les noms de ceux qui l'entouraient et ne laissait personne l'approcher. Cette démence, dans laquelle Charles vécut jusqu'à la fin de ses jours, devint proverbiale et fut dépeinte avec éclat par bien des contemporains.
S'agissant de la folie de Charles VI, l'hérédité n'est là encore qu'une hypothèse parmi d'autres, mais la plus vraisemblable. On songe à sa mère, l'écervelée Jeanne de Bourbon, et à son mariage consanguin avec Charles V. Les descendants du monarque insensé se distinguèrent eux aussi par leur déséquilibre psychique : son petit-fils Henri VI, plongé dans la démence, déchaîna la guerre des Deux-Roses.
De telles manifestations sur plusieurs générations renforcent la crédibilité de l'idée d'une schizophrénie héréditaire ou d'un trouble maniaco-dépressif, que les descriptions dont nous disposons ne permettent toutefois pas de diagnostiquer avec une parfaite exactitude.
Si l'on met de côté l'hypothèse qui rattache l'état psychique d'Henri VIII à celui de ses ancêtres, la théorie d'un lien avec la syphilis retient l'attention.
Selon une légende répandue, Henri VIII aurait accusé le cardinal Thomas Wolsey de l'avoir contaminé de la syphilis en lui chuchotant des grivoiseries à l'oreille.
Le pauvre Wolsey avait passé la moitié de sa vie à laver le linge sale de son maître, à mener ses affaires embarrassantes, à mendier auprès du pape un divorce, pour finir en victime d'une calomnie fort déplaisante. Mais aujourd'hui, plusieurs savants doutent qu'Henri VIII ait été syphilitique, même si cette maladie figure parmi les premières causes avancées des troubles psychiques du roi, au même titre que les traumatismes crâniens subis dans les tournois.
L'hypothèse syphilitique trouve des appuis dans les graves difficultés qui entouraient les grossesses de ses épouses et la santé de leurs enfants. Les trois premiers mariages donnèrent à Henri dix enfants, dont trois seulement survécurent : Marie, Élisabeth et Édouard. Les trois derniers mariages royaux restèrent sans postérité. On a connaissance de sept grossesses de Catherine d'Aragon : trois se terminèrent prématurément, trois donnèrent des nourrissons non viables. Anne Boleyn, après une seule grossesse menée à terme, fit deux fausses couches. Jane Seymour mourut de la fièvre puerpérale.
Cependant, hormis des ulcères aux jambes, on ne connaît chez Henri VIII aucun autre symptôme de la syphilis, alors que les médecins auraient certainement noté dans leurs registres le traitement au mercure en usage à l'époque. La rumeur, pourtant, associe obstinément le monarque à ce vilain mal.