⚡️Une beauté pour la nuit ⚡️
Une séance photo d'Ellen von Unwerth pour la nouvelle collection d'Ulyana Sergeenko, avec Natalia Vodianova et Katia Letska, Ulyana elle-même et sa fille Vassilissa (attention !), réalisée dans un ranch des environs de Paris. Jamais je n'aurais cru qu'une chose pareille existât. Il se trouve qu'Ellen von Unwerth rêvait depuis longtemps de shooter dans la propriété de campagne de deux frères collectionneurs, qui ont bâti un authentique ranch américain, rempli d'objets d'époque du Far West et de tous les accessoires de la vie de cow-boy. Lorsqu'Ellen a découvert la nouvelle collection resort d'Ulyana, Rodeo, justement inspirée de l'esthétique des westerns, la réussite s'est faite d'elle-même, comme une patience qui tombe juste.
Il est intéressant de voir qu'Ulyana est parvenue à présenter le style cow-boy d'une manière aussi féminine et à montrer sous un angle aussi peu classique le personnage féminin du western. Cette séance m'a d'abord rappelé « Les Pétroleuses » avec Brigitte Bardot et Claudia Cardinale.
Si quelqu'un voulait objecter que, dans le western classique, la femme n'a pas sa place, il me faudra le contredire. Premièrement, l'intrigue traditionnelle du western est construite de telle sorte que la rencontre avec une femme devient l'un des buts principaux du héros, et cette femme incarne son bonheur futur, le salut sinon de son corps périssable, du moins de son âme. Dans le drame du Far West, les jeunes femmes ne se contentent pas d'aimer et d'inspirer le héros, comme dans « La Poursuite infernale » (My Darling Clementine) ou « La Chevauchée fantastique », où l'héroïne se voit même récompensée par des fiançailles ; elles aident le cow-boy ensorcelé, deviennent la cause de la capture du méchant amoureux, comme dans « Winchester 73 », dansent au cabaret, mettent des enfants au monde et pleurent, comme dans « Le Massacre de Fort Apache ». Non, pas seulement cela. Encore que l'emploi de la femme, artisane de l'idylle familiale au milieu du chaos du monde, ne saurait guère passer pour secondaire.
De qui parle, au fond, cette séance ? Des meneuses de la communauté féminine qui défie une bande de malfrats dans la série « Godless » ? Non, l'esthétique est tout autre. Plutôt de Marlene Dietrich dans le western « Femme ou Démon » (Destry Rides Again) de 1939, dont la virilité soudaine, alliée à une beauté raffinée, bouleverse toutes les idées reçues sur l'ordre brutal du Far West. On peut aussi se rappeler l'épisode cocasse du même « Winchester », où le mari s'enfuit, effrayé par un raid d'Indiens, en confiant les rênes de la charrette à sa femme, qui s'acquitte parfaitement de la mission qui lui est confiée : sauvegarder l'aisance familiale. Et encore de la gamine idéaliste d'une petite ferme dans « Le Cavalier du désert » (The Westerner) de 1940, qui se retrouve littéralement seule, en élégante robe victorienne et un ruban dans les cheveux, face à tout un monde d'hommes ayant usurpé la direction de sa ville. Après avoir fait tomber amoureux l'un de ses ennemis, elle le ramène du bon côté et sauve avec lui la ville du shérif bandit et de sa clique. Que lui faut-il de plus, à cette vestale d'une beauté sans défaut, deux mille ans plus tard ? La femme comme étoile polaire est montrée de façon très éclatante dans « L'Appât » (The Naked Spur), où le sombre antihéros, chasseur de primes sans principes, renaît par l'amour et parcourt un difficile chemin dramaturgique pour ressusciter son âme de ses cendres.
Et puisque ma rubrique mode s'est peu à peu transformée en club du Moqueur du cinéma, rappelons d'autres westerns à voir, avec des héroïnes marquantes, fortes et belles : « Bad Girls » (1994), « Mort ou vif » (1995), « Honkytonk Man »… non, plutôt « Hannie Caulder » (1971), « True Grit » (2010), « Duel au soleil » (1946), « La Ballade de Little Jo » (1993), « Furie » (1950), « Open Range » (2003), « The Nightingale » (2018), « Johnny Guitare » (1954), « The Homesman » (2014), « La Dernière Piste » (Meek's Cutoff, 2010), « Jane Got a Gun » (2015)








