Shakespeare, Henri V et la déférence envers les Tudor dans la pièce et le film
Bien entendu, pareil coup de chapeau à la dynastie régnante n'est pas une invention de Michaud : écrivains et faiseurs de sens y recouraient de longue date. Ainsi Shakespeare, lorsqu'il semble gourmander Henri V, le rapproche d'une part du petit peuple, rendant un fort beau service à sa biographie plutôt maigre, et flatte d'autre part les Tudors, clignant de l'œil à la nouvelle dynastie, qui sonne et brille mieux que la précédente et n'a décidément rien à voir avec ces affreux Lancastre.
Et il est tout à fait évident qu'il n'est guère commode, pour la propagande, que l'un des personnages historiques clés du Moyen Âge se laisse séduire par le système monarchique.
Pourquoi Shakespeare empruntait-il de telles voies ? Avant tout parce qu'il écrivait directement pour la scène : ce n'est pas une pièce destinée à la lecture. Quant au film que nous venons de voir, il y a manifestement œuvré, outre Shakespeare, un auteur contemporain aux convictions démocratiques.