Le prince Nikolaï Youssoupoff et les orangers amers des serres d'Arkhangelskoïe
Quand j'écrivais qu'Arkhangelskoïé n'avait rien de commun avec Versailles, je me suis un peu trompé. Le prince Nikolaï Borissovitch Youssoupoff, arrière-petit-fils du premier Youssoupoff baptisé, Abdoul-Mourza (devenu Dmitri Seïouchévitch au baptême), lui-même arrière-petit-fils du fondateur de la lignée, le sultan souverain de la Horde des Nogaï Youssouf, qui vivait au début du XVIe siècle, donc, disais-je, le prince Nikolaï Borissovitch Youssoupoff enrichit Arkhangelskoïé de façon prodigieuse. Le domaine, acheté cent mille roubles aux Galitzine, vit alors s'accroître non seulement ses trésors artistiques et ses raffinements architecturaux, mais aussi ses plantes de jardin.
Sous Nikolaï Borissovitch, les orangeries s'ornèrent de deux mille orangers, dont l'un, vieux de 400 ans, fut acheté à Razoumovski pour 3000 roubles, soit 3 % de la valeur du domaine. Un arbre véritablement unique : il n'avait pour égaux que deux autres orangers séculaires, ceux de l'orangerie de Versailles.
Les orangeries elles-mêmes, soit dit en passant, existaient ici dès le temps où, sous les Galitzine, la propriété n'était encore qu'un assemblage de bâtiments boyards en bois, et elles abritaient déjà des plantes exotiques venues du monde entier. De nos jours, à l'emplacement des orangeries des Galitzine et des Youssoupoff, se dressent deux énormes bâtisses habillées d'une pierre artificielle de fort mauvais goût, apparemment d'anciennes annexes d'habitation de trois étages accolées aux orangeries.