L'État n'a jamais aidé nos aïeux
L'État n'a jamais aidé nos aïeux. Un fonctionnaire les a conduits sur place. Ils se sont mis à lui demander : où vivre ? – il a désigné les montagnes... Ils ont insisté : de quoi vivre ? Le fonctionnaire a dit : « Eh bien, vous allez abattre du bois, les éclats et les copeaux voleront, et vous les mangerez ! » Ils l'ont remercié et se sont mis à abattre du bois. L'année suivante, peu à peu, les uns auprès des autres, ils ont commencé à s'occuper de quelque chose, à faire des provisions du nécessaire. Pour huit foyers, il y avait un cheval. Ils se sont établis. La terre s'est révélée bénie. Ils ont repris vie et bonne humeur. Le fonctionnaire de leur connaissance est revenu et a écarté les bras : « Comment, vous n'êtes pas encore crevés ? Dommage, bien dommage, car figurez-vous qu'on vous a envoyés ici pour que vous crevions tous jusqu'au dernier. »
Extrait des souvenirs de vieux-croyants de Transbaïkalie, recueillis par l'ethnographe Sergueï Vassilievitch Maximov.
Sur la photographie de la maison d'édition stéréoscopique « Svet » (1909-1911) : types de « semeïskié », c'est-à-dire de vieux-croyants de Transbaïkalie.
Les semeïskié sont des vieux-croyants que le gouvernement de l'Empire russe exila en Transbaïkalie au XVIIIe siècle, lors du partage de la Pologne-Lituanie. Les habitants du cru leur donnèrent le nom de « semeïskié » (« gens de famille ») parce qu'ils arrivaient en grandes familles, avec leurs biens, à la différence des forçats isolés.